L'iPhone : coup de génie ou coup dans l'eau

L'arrivée en Europe du téléphone baladeur d'Apple suscite à la fois beaucoup d'intérêt... et d'intenses débats ! En Belgique, l'iPhone ne devrait sans doute pas être lancé avant 2008. L' édito de Pierre Loppe: Initiés de haut vol chez Airbus

Par MATHIEU VAN OVERSTRAETEN
L'iPhone : coup de génie ou coup dans l'eau
©AP

Le téléphone baladeur iPhone n'est pas encore disponible dans les magasins européens, mais il déchaîne déjà les passions. Avec cette grande question en toile de fond : Apple va-t-il parvenir à refaire le coup de l'iPod, vendu à plus de 100 millions d'exemplaires à travers le monde, ou est-il en train de retomber dans les travers qui lui ont fait perdre la bataille du Mac face au PC ? Une chose est sûre : le coûteux nouveau joujou high-tech de la marque à la pomme fait l'objet d'un "buzz" médiatique soigneusement entretenu. Certes, les responsables d'Apple eux-mêmes ne communiquent qu'au compte-gouttes sur d'éventuelles dates de lancement ou sur le contenu de leurs accords très controversés avec certains opérateurs mobiles, mais en agissant ainsi, ils font en sorte que la moindre rumeur concernant l'iPhone circule à grande vitesse sur Internet et contribue à alimenter ce "buzz". Le but du jeu : faire de l'iPhone le produit dont tout le monde parle, et créer ainsi une véritable attente dans le marché.

Une stratégie qui, jusqu'ici, semble fonctionner ! En Belgique, le site Covema a même mis en vente un iPhone à 995 euros. Un prix exorbitant lorsqu'on sait que l'appareil coûtera 399 euros en Europe et qu'aux Etats-Unis, où il s'est vendu à plus d'un million d'exemplaires, son prix est de 399 dollars, soit environ 280 €. Mais il est vrai que quand on aime, on ne compte pas...

Cela dit, la plupart des amateurs de l'iPhone attendront bien évidemment le lancement officiel en Belgique avant de casser leur tirelire. Quand aura lieu ce lancement ? C'est un secret bien gardé, même si du côté d'Apple Belgique, on laisse sous-entendre que ce sera plutôt pour 2008 que pour les fêtes de fin d'année, pourtant cruciales pour le succès d'un produit comme celui-là. Apple compte d'abord concentrer ses efforts sur le Royaume-Uni, la France et l'Allemagne, comme il l'avait fait à l'époque pour le lancement de l'iTunes Music Store.

Ce qui n'empêche pas certains forums sur Internet de tabler sur une sortie belge de l'iPhone dès le 7 décembre prochain, avec Mobistar comme opérateur partenaire. "C'est vrai que nous sommes très intéressés par un partenariat avec Apple et que des iPhone sont actuellement en test chez nous, mais il ne faut pas pour autant tirer des conclusions hâtives : nous testons tous les appareils susceptibles d'être lancés sur le marché belge", répond Patti Verdoodt, la porte-parole de Mobistar. Selon elle, des discussions ont lieu "au niveau du groupe" pour tenter d'étendre à la Belgique l'accord signé en France entre Apple et Orange (la maison mère de Mobistar), mais elle s'empresse d'ajouter que "rien n'est sûr ou décidé". "Nous préférons ne rien dire pour l'instant pour ne pas mettre en péril la suite des discussions", dit Patti Verdoodt.

10 à 30 pc des revenus

Malgré ce flou artistique, c'est bel et bien Mobistar qui paraît le mieux placé pour décrocher l'iPhone en Belgique, du moins dans un premier temps. Même si les responsables de Base se disent intéressés par une éventuelle proposition d'Apple, ils précisent que pour le moment, "il n'y a pas encore eu de contacts officiels". Même topo chez Proximus qui paraît pourtant avoir de bons arguments à mettre sur la table, étant donné sa position de leader sur le marché belge et les bons contacts entre Belgacom et Apple qui collaborent au niveau de l'iTunes Music Store. Frédérique Verbiest, la porte-parole de Proximus, précise que sa société est effectivement intéressée, mais elle ajoute "qu'il faut d'abord voir quelles sont les modalités".

Une allusion très claire au coup de force d'Apple qui veut imposer une répartition des revenus tout à fait inédite aux opérateurs en échange de l'exclusivité sur la distribution de l'iPhone. Alors qu'en général, ce sont plutôt les opérateurs qui dictent leur loi aux fabricants de téléphones mobiles, Apple renverse aujourd'hui ce rapport de force en exigeant de la part des opérateurs qu'ils lui reversent 10 à 30 pc des revenus générés par l'iPhone. "C'est un peu comme si Airbus, fournisseur d'Air France, prélevait sa commission sur chaque billet vendu par la compagnie aérienne sur son A380", pouvait-on lire récemment dans un article du magazine français "Challenges".

Evidemment, ce nouveau business model suscite des grincements de dents du côté des opérateurs, surtout venant de la part d'une société qui est totalement novice en matière de fabrication de téléphones mobiles et qui avoue elle-même qu'elle vise une part de marché mondiale de seulement 1 pc en 2008 (ce qui correspondrait tout de même à 10 millions d'iPhone vendus).

"Apple se montre effectivement très gourmand : en réalité, il demande bien plus que 10 pc", faisait récemment remarquer Michel Georgis, le patron de Proximus, qui craint surtout que la répartition des revenus imposée par Apple donne des idées aux autres fabricants. Cela dit, Apple est sans doute une des seules marques qui peut se permettre le luxe de dicter sa loi à des géants tels que AT & T (aux Etats-Unis), T-Mobile (Allemagne), O2 (Royaume-Uni) et Orange (France), même si les négociations avec ce dernier se sont avérées très difficiles. Mais il est vrai que, comme Google par exemple, Apple peut s'appuyer sur une image de marque particulièrement forte, et que les sociétés se bousculent pour s'associer à cette marque synonyme d'innovation et d'esprit "cool".

Pas avant avril 2008 en Belgique ?

"La marque Apple est effectivement extraordinaire", s'enthousiasme Michelle Parrish, de la chaîne de magasins The Carphone Warehouse ("The Phone House" en Belgique), qui est parvenue à décrocher un contrat de distribution de l'iPhone au Royaume-Uni. "Nous constatons que les appareils dotés de fonctions de type musique et contenu connaissent actuellement un grand succès et nous pensons donc que l'iPhone peut devenir un énorme phénomène, avec des conséquences pour l'ensemble de l'industrie."

Mais tout le monde n'est pas de cet avis. "Quand un produit n'est pas encore disponible sur le marché, on peut se permettre de créer un grand hype comme le fait Apple depuis quelques mois", dit Mark Moons, le directeur du fabricant taïwanais HTC dans le Benelux. "Mais il arrive forcément un moment où on doit remplir ses promesses et sortir un produit qui va répondre à la demande des clients."

C'est précisément que le bât risque de blesser. Selon Mark Moons, le lancement de l'iPhone en Belgique n'est certainement plus pour cette année. "Aux Etats-Unis, Apple a pu lancer son téléphone sur un immense territoire avec un seul opérateur, AT & T, et une seule réglementation", dit-il. "En Europe, la situation est bien plus compliquée dans la mesure où Apple doit mener des tests avec des dizaines d'opérateurs, en respectant des réglementations différentes d'un pays à l'autre." Et le responsable de HTC Benelux de pronostiquer que l'iPhone ne sortira pas en Belgique avant, au plus tôt, le mois d'avril 2008.

D'ici là, HTC et les autres fabricants de "smartphones" (Nokia, Blackberry, Sony Ericsson, Palm,...) comptent bel et bien profiter de l'engouement créé par Apple pour déjà occuper le marché. "Notre objectif est de faire des smartphones un produit grand public plutôt que simplement business", dit Mark Moons.


Les "plus" et les "moins" de l'iPhone Qu'est-ce qui rend l'iPhone si désirable aux yeux de millions de consommateurs ? En premier lieu, comme toujours avec les produits Apple, c'est son "look", ultrafin et très design, qui a d'ailleurs été repris par la société californienne pour son nouvel "iPod Touch". Doté d'un écran tactile panoramique (près de 9 centimètres de large), l'iPhone étonne aussi par sa simplicité d'utilisation. Exemple : des capteurs de mouvements adaptent automatiquement la façon dont s'affichent les photos, les sites web et les films à la position horizontale ou verticale de l'appareil. L'iPhone est, par ailleurs, le premier téléphone mobile à proposer une "messagerie vocale visuelle" qui permet, comme dans une boîte e-mail, de repérer et, donc, d'écouter directement les messages les plus importants, et de passer les autres. Au rayon logiciels, l'iPhone est équipé de Mac OS X, c'est-à-dire du même système d'exploitation que celui qui fait tourner les Mac, du navigateur web Safari, d'une application e-mail compatible avec les fichiers Word ou Excel, et, bien sûr, d'iTunes, la fameuse bibliothèque musicale d'Apple. Grâce au Wi-Fi, il sera même possible d'acheter directement des chansons sur son iPhone. Mais il y a aussi des points plus négatifs. Beaucoup d'observateurs se sont étonnés notamment du fait que l'iPhone soit compatible avec les technologies Edge et Wi-Fi mais pas avec la norme 3G qui est appelée à progressivement succéder à la technologie GSM, et qui est déjà très répandue en Europe. Contrairement à de nombreux "smartphones", l'iPhone ne dispose pas non plus d'un GPS intégré, tandis que son disque dur de 8 Gigaoctets paraît assez limité par rapport aux 80 ou même 160 Gigas offerts par certains iPod.