Plan stratégique de La Poste : inquiétude des syndicats

La direction de La Poste a présenté aux syndicats, jeudi en commission paritaire, une actualisation de son plan stratégique pour les années 2008-2009.

Belga

La direction de La Poste a présenté aux syndicats, jeudi en commission paritaire, une actualisation de son plan stratégique pour les années 2008-2009. Point principal de cette nouvelle mouture: l'apparition de "livreurs de courrier" qui seront chargés de distribuer un certain type de courrier pendant les heures creuses de la journée.

"La Poste entend remplacer 6.000 facteurs équivalents temps plein par 12.000 de ces livreurs qui ne travailleront que quelques heures par jour ou par semaine", a expliqué André Blaise (CSC). "Il y aura alors 2 distributions: une le matin avec le courrier traditionnel distribué par des facteurs et l'autre, pendant les heures creuses, qui sera assurée par ces livreurs", a-t-il ajouté.

Selon le représentant du syndicat chrétien, la direction entend ainsi "encourager" le travail à temps partiel parmi son personnel de plus de 50 ans. "Il faut savoir que l'âge moyen des travailleurs de La Poste atteint 45 ans et que les objectifs qu'ils doivent remplir sont déjà 'limites' en termes de flexibilité et de productivité. Si l'entreprise continue à les presser, la corde va craquer", a-t-il averti.

Parallèlement à l'introduction de cette nouvelle fonction, les 500 bureaux de distribution - où une partie des tournées sont actuellement encore triées - seront progressivement transformés en 150 plates-formes opérationnelles et 1.500 dépôts de distribution "qui seront situés à proximité du domicile des livreurs", a poursuivi André Blaise.

Cette réorganisation pourrait avoir un impact sur l'emploi, en particulier parmi le personnel de nettoyage et d'entretien.

"La Poste a pris du retard par rapport à ses concurrents alors que la libéralisation des services arrive à grands pas. Elle mène donc des restructurations dans la précipitation", a encore dénoncé le syndicaliste en précisant que "toutes les actions du personnel seront couvertes".

Pour rappel, la libéralisation du courrier sera effective dès 2011 dans l'Union européenne, ce qui signifie que La Poste - déjà confrontée à une érosion de ses activités mail - perdra son monopole sur les envois de moins de 50 grammes.

Dans ce contexte, l'entreprise pourrait voir ses volumes baisser de 20 pc supplémentaires, a estimé jeudi son administrateur délégué, Johnny Thijs.

"Ce que nous avons présenté ce jeudi matin ne constitue pas un nouveau plan mais l'adaptation des projets de changements menés par La Poste depuis 2003", a de son côté rappelé le porte-parole de la société, Piet Van Speybroeck.

Selon l'entreprise, l'optimalisation de son réseau logistique - par la transformation des bureaux de distribution en plates-formes opérationnelles - "n'affectera en rien les services fournis aux clients, mais elle permettra de réaliser des économies substantielles en termes de bâtiments, de transport et d'entretien" .

Quant aux livreurs de courrier, "ils seront liés à La Poste par un contrat de travail à part entière", a précisé le porte-parole. Les syndicats, eux, y voient un "démantèlement" social.

"Un facteur commence actuellement sa carrière avec un salaire de 1.000 euros net. Gagner encore moins, ce sera vraiment un salaire de misère", a ainsi réagi la CGSP. Les représentants des travailleurs craignent également qu'un nombre insuffisant de travailleurs optent pour ce système. "Que fera-t-on alors? On ne peut tout de même pas forcer les gens à travailler à temps partiel! ", a encore indiqué le syndicat socialiste.

Reste que syndicats et direction s'accordent sur un point: la nécessité pour l'entreprise de se préparer à la libéralisation du secteur. "L'ouverture au changement doit se poursuivre. Il s'agit d'adaptations progressives que nous entendons évidemment appliquer en concertation avec les syndicats, sans recourir à des licenciements secs", a assuré Johnny Thijs, cité dans un communiqué de l'entreprise.

"Nous attendons des pouvoirs publics qu'ils mettent en place les garanties nécessaires sur le plan des services et des conditions de travail afin d'éviter toute discrimination concurrentielle", a-t-il conclu.