Carrefour remplace un patron et sollicite Mestdagh sans succès

Les syndicats commencent à voir plus rouge que le logo du groupe. "La direction de Carrefour Belgique a repoussé l'intérêt manifesté par Mestdagh -NdlR : Carrefour détient 25 pc de Mestdagh auquel il a donné le monopole d'exploitation des magasins Champion en Belgique - pour reprendre les supermarchés GB dont elle veut se séparer", acccuse Alain Goelens, secrétaire permanent Setca. L'annonce était tombée fin juin : 16 supermarchés GB, non rentables, devaient fermer leurs portes.

Carrefour remplace un patron et sollicite Mestdagh sans succès
©D.R.
Monique Baus

"Pour les travailleurs, une reprise intégrée des magasins par Mestdagh aurait été bien plus favorable en terme de sécurité d'emploi que le recours à la franchise pour lequel opte Carrefour", poursuit-il. "D'abord, il y a une différence de salaire de 20 pc. Ensuite, l'horaire prévoit 35 au lieu de 38 heures de travail hebdomadaire. Enfin et surtout, Mestdagh appartient à une commission paritaire plus avantageuse. Le consommateur y perdra aussi. Les prix pratiqués en franchise sont plus élevés que ceux d'un magasin intégré."

Vendredi, Eric Mestdagh a refusé de commenter l'information, de confirmer ni d'infirmer l'intérêt de son entreprise pour les sites en question. Geneviève Bruynseels, la porte-parole de Carrefour Belgique l'a, en revanche, recadrée.

"Après l'annonce de l'intention de fermeture en conseil d'entreprise, c'est nous qui avons sollicité Mestdagh, et celui-ci n'a pas été intéressé. Nous avons donc développé d'autres alternatives. Notre priorité est maintenant de signer les accords sociaux. Les magasins fermeront fin décembre." Et rouvriront en janvier, franchisés, toujours sous l'enseigne Carrefour. "Nous avons tous nos candidats."

Au-delà du dossier des seize GB, le représentant syndical s'inquiète pour l'avenir. "Sans une remise en cause de la politique commerciale menée en Belgique, on va droit dans le mur", prévient-il en critiquant la stratégie de la franchise menée par le patron de Carrefour en Belgique, le français Marc Oursin. "Evidemment, ouvrir des magasins franchisés rapportera plus à Carrefour Belgique que de vendre, mais même la franchise ne fonctionne pas bien et Marc Oursin, lui, sera parti quand tout s'écroulera !"

Lors de la présentation à Paris de ses résultats pour le troisième trimestre 2007, José-Luis Duran, le président du groupe Carrefour, n'a pas caché les mauvaises performances réalisées en Belgique. Conséquence directe ou pas ? Un des deux directeurs généraux a été remplacé. "Il a été limogé", affirme Alain Goelens. "Nous nous sommes séparés de commun accord", rectifie Geneviève Bruynseels. Rudi Schautteet qui chapeautait la branche hypermarchés a été très discrètement remplacé par Frédéric Boone, ex-PDG d'Electrolux. "Il ne vient pas de la grande distribution", rapporte encore le secrétaire permanent. "Il apporte un oeil nouveau, nous a-t-on répondu." André Dacier, l'autre directeur général, en charge des supermarchés et de la franchise est, lui, resté en place.

"Nous nous inquiétons parce que nous restons persuadés qu'après les 16 GB, d'autres magasins seront lâchés par Carrefour", conclut le syndicaliste.

© La Libre Belgique 2007