Siemens s'explique à Washington

Siemens s'incline devant la SEC. Hier, les deux patrons du groupe secoué par un scandale de corruption, le président du directoire Peter Löscher et le chef du conseil de surveillance Gerhard Cromme, ont rendu visite aux responsables de la puissante autorité de tutelle boursière américaine à Washington. Les pénitents y sont allés "en toute humilité", selon "Die Welt".

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© EPA
Marcel Linden

Correspondant en Allemagne

Siemens s'incline devant la SEC. Hier, les deux patrons du groupe secoué par un scandale de corruption, le président du directoire Peter Löscher et le chef du conseil de surveillance Gerhard Cromme, ont rendu visite aux responsables de la puissante autorité de tutelle boursière américaine à Washington. Les pénitents y sont allés "en toute humilité", selon "Die Welt".

Fin août, des agents de la SEC avaient parlé à Munich avec des responsables du parquet menant l'enquête contre le groupe, également coté à Wall Street. Siemens redoute deux sortes de sanctions : le paiement d'une amende d'un à deux milliards de dollars, ainsi que l'exclusion pour plusieurs années des appels d'offres publics aux Etats-Unis.

L'Autrichien Peter Löscher, qui a travaillé pour le groupe pharmaceutique américain Merck avant de prendre les commandes de Siemens en été, et Gerhard Cromme, président de la commission officielle ayant mis en place le code de bonne conduite des entreprises allemandes, espèrent pouvoir impressionner la SEC. Les mesures qu'ils ont prises pour faire toute la lumière sur des pots-de-vin d'un montant de 1,3 milliard d'euros sont sans pareil dans l'histoire allemande.

A Munich, certains croient pouvoir s'en sortir avec une sévère réprimande, mais d'autres objectent que la philosophie de la SEC consiste à infliger des amendes draconiennes. Löscher sait qu'en pareil cas il faut faire courbette.

"C'est un signal positif que la SEC ait approuvé notre visite", a-t-il dit modestement. En d'autres mots, les managers sont soulagés qu'au moins on les reçoive. Cela en dit long sur les rapports de force en présence.

Ombre au tableau

Siemens n'a pas encore provisionné pour l'éventuelle amende de la SEC, mais le rapport d'activités de l'exercice octobre 2006-septembre 2007 évoque l'éventualité d'amendes "pouvant être substantielles". En se rendant à Washington, Löscher et Cromme ont aussi voulu démontrer au monde extérieur qu'avec la nouvelle équipe amincie et rajeunie, opérationnelle à partir du premier janvier, Siemens se distingue fondamentalement de la précédente direction. Une petite ombre au tableau : une semaine après la nomination des managers des divisions, Peter Löscher a été obligé d'apporter une importante correction. Hannes Apitzsch ne sera finalement pas directeur des finances du super-secteur industrie. De nouvelles pièces mises à disposition par le parquet de Nuremberg semblent indiquer qu'il ait toléré des paiements illicites de Siemens au syndicat fantoche pro-patronal AUB que l'entreprise - scandale dans le scandale - avait soutenu pour mieux combattre l'IG Metall. De plus, un employé de la société d'expertise comptable KPMG, qui vérifie le bilan de Siemens, a déposé qu'en avril 2006, sept mois avant l'éclatement de l'affaire, la division compétente avait stoppé une enquête de KPMG sur des machinations en Suisse, ce qui prouverait que l'ancienne direction couvrait les opérations louches.