Internet, le miroir aux alouettes

Une enquête de "La Libre Belgique" révèle que des lacunes existent en Communauté française dans la protection des titres universitaires, qui permettent à de doux rêveurs ou à des imposteurs, travaillant sur le Net, de distribuer des diplômes sans valeur et d'octroyer de pseudo grades universitaires.

Christophe Lamfalussy
Internet, le miroir aux alouettes
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Une enquête de "La Libre Belgique" révèle que des lacunes existent en Communauté française dans la protection des titres universitaires, qui permettent à de doux rêveurs ou à des imposteurs, travaillant sur le Net, de distribuer des diplômes sans valeur et d'octroyer de pseudo grades universitaires.

L'enquête s'est penchée sur deux organismes dont le siège ou la filiale est en Belgique. L'un, l' "Académie européenne d'Informatisation " a été créé en 1999 par un scientifique russe renommé, qui selon lui n'a pas de but lucratif. Le second, la " European Carolus Magnus University" , a été fondé en 2004 par un Autrichien qui s'affuble de toute une série de titres extravagants et monnaie ses diplômes.

Les deux organisations apparaissent très sérieuses si l'on se fie à leurs sites Internet, mais cachent, en fait, des coquilles vides. La " European Carolus Magnus University " affirme ainsi dispenser des cours sur un " campus" bruxellois, à la Maison des associations internationales. Renseignements pris, cette université n'a jamais loué de salle.

Une villa à Rixensart

L'" Académie européenne d'informatisation" dispense ses titres honorifiques dans le monde entier à partir d'un ordinateur d'une villa de Rixensart.

La législation belge date d'une vieille loi édictée le 11 septembre 1933. Elle protège encore aujourd'hui les titres classiques de candidat, de licencié, ou de docteur. Elle a été retoilettée par la Région flamande et est en voie de l'être par la Communauté française. Marie-Dominique Simonet, ministre de l'Enseignement supérieur en Communauté française, prépare actuellement un avant-projet de décret qui vise à protéger les titres introduits par la réforme de Bologne tels que "bachelier", "master" ou "master complémentaire".

L'avant-projet est passé vendredi dernier, en seconde lecture, au gouvernement de la Communauté française.

Mais malgré tout, des lacunes subsistent. Le terme anglais de "University" n'est pas protégé, par exemple, en Belgique, alors que celui d'"Université" l'est bien. La Direction générale de l'enseignement a ainsi dans son collimateur la " Fondation universitaire Mercure ", une ASBL belge qui dispense un enseignement en sciences commerciales et financières dans plusieurs pays d'Afrique du Nord, soit par Internet, soit sur site propre, dans des centres situés de Conakry à Casablanca. Chaque pays homologue le diplôme. Il n'y a pas d'activité en Belgique... Mais tout se décide en Belgique.

L'ASBL belge est située à la même adresse bruxelloise que la " European Carolus Magnus University ", et les relations entre les deux organismes sont très mauvaises. " N ous sommes rue Abbé Cuypers depuis quinze ans , explique Paul Dungelhoeff, le patron de la Fondation. Ce sont des gens qui veulent nous nuire ." La Fondation offre des cours à distance pour environ 800 euros par personne, et si elle utilise la dénomination " universitaire " c'est, dit-il, pour ne pas avoir de problèmes avec la chaîne hôtelière Mercure.

La " Carolus Magnus University" est aussi une entreprise commerciale. Ses prix ne sont pas affichés sur son site Internet, tandis que son président, Heinz Vejpustek, n'a pas répondu aux appels de "La Libre Belgique".

L'exemple de Kabila

Ce qui se passe en Belgique n'est pas exceptionnel. Aux Etats-Unis et au Royaume-Uni, de fausses universités en ligne, véritables "moulins à diplômes", prospèrent. Le président congolais Joseph Kabila a ainsi obtenu, moyennant le paiement de 3 000 à 5 000 dollars, un diplôme de Bachelier en études internationales et diplomatie d'une université qui n'est pas reconnue par le Département américain de l'Education, la Washington International University.

Rares sont les pays qui établissent une "liste noire" des fausses universités. La Belgique n'échappe pas à la règle. " I l est impossible de faire une liste exhaustive , explique Christine Fagard, spécialiste de la réglementation des diplômes au sein de la Direction générale de l'enseignement en Communauté française. Nous ne connaissons que les établissements que nous reconnaissons. Les autres sont difficiles à identifier." Le parquet peut cependant intervenir, sur plainte de gens qui auraient été abusés.

La loi de 1933 prévoit un emprisonnement de huit jours à trois mois, plus une amende, pour " celui qui, n'étant pas qualifié, délivre ou offre de délivrer des diplômes, certificats ou attestations quelconques ".

© La Libre Belgique 2008