La très virtuelle "European Carolus Magnus University"

Un hôtel de maître de la rue Abbé Cuypers à Bruxelles est, a priori, le siège de la très pimpante " European Carolus Magnus University", dont le site Internet promet monts et merveilles.

Christophe Lamfalussy

Un hôtel de maître de la rue Abbé Cuypers à Bruxelles est, a priori, le siège de la très pimpante " European Carolus Magnus University", dont le site Internet promet monts et merveilles.

Première surprise : aucune indication ne figure sur la porte d'entrée, il faut sonner et entrer, puis monter une volée d'escaliers pour interpeller une secrétaire qui disparaît aussitôt pour chercher un responsable.

Deuxième surprise : on apprend, de la bouche de ce responsable, que la fameuse université n'a pas de bureaux dans l'immeuble, et que tout au plus son président, l'Autrichien Heinz Vejpustek, loue-t-il de temps en temps une salle. La rue Cuypers n'est donc qu'une adresse administrative.

Troisième surprise : la " European Carolus Magnus University" annonce sur son site un campus à Bruxelles. Elle louerait des salles à la Maison des associations internationales, une fondation d'intérêt public " inaugurée par Sa Majesté le roi Baudouin le 25 octobre 1983 ", souligne le site Internet de la fameuse université. Or, la secrétaire de la Fondation affirme qu'en cinq ans, elle n'a jamais loué une salle à la "European Carolus Magnus University ".

Quelle est donc cette université qui promet de former soit par correspondance, soit sur ses campus, des étudiants à des disciplines aussi diverses et passionnantes que la " psychologie comparative animale " et la " rationalité universalistique " ?

Établie au Delaware

La " European Carolus Magnus University " est, en fait, une société à responsabilité limitée qui a été créée en 2004 dans l'Etat américain du Delaware, un paradis fiscal. Ce petit Etat, qu'on appelle le " Diamond State ", offre l'immense avantage de taxer faiblement les revenus des entreprises à un taux de 8,7 pc et encore, il ne taxe que les activités à l'intérieur de l'Etat. Ce qui se fait ailleurs... Connais pas.

La société est une holding familiale détenue par la famille Vejpustek, qui vit en Autriche dans la banlieue verte de Vienne. La société a une filiale à Bruxelles, supposément rue Abbé Cuypers et, selon ses statuts parus au "Moniteur", " le but et la raison d'être de l'université est d'encourager les personnes qui n'ont pas eu la chance d'étudier à l'université mais qui se sont formées elles-mêmes ou qui se sont élevées à des fonctions dirigeantes, à suivre un programme d'études et acquérir un diplôme ".

Diplômes à vendre

On ne peut pas être plus clair : le but est donc de délivrer des diplômes très variés et quasi-illimités à qui est prêt à payer un montant non précisé pour obtenir ce document. La filiale belge profite d'une faiblesse des décrets de la Communauté française qui protège certes le titre d' "université ", en se basant sur la vieille loi belge de 1933, mais ne protège pas sa traduction anglaise, " university ".

La pseudo-université belge octroie sur son campus bruxellois des titres aussi divers que " bachelor " (bachelier), " MBA" (Master of Business Administration) ou " PhD" (Doctorat). Elle affirme avoir d'autres campus en Grèce, en Roumanie, en Slovaquie ou en Arménie.

La pseudo-université n'est qu'une des multiples facettes de l'Autrichien Vejpustek, qui a le don d'exploiter les carences légales de plusieurs pays de l'UE pour faire ses affaires.

Chambre de commerce

Ainsi vend-t-il sur eBay de faux titres nobiliaires (voir ci-dessus). Il a aussi créé à Bruxelles, toujours rue Abbé Cuypers, une " European Chamber for Trade, Commerce and Industry " qui fait concurrence à la vraie chambre de commerce européenne, Eurochambres.

Là aussi, M. Vejpustek exploite une carence légale. Dans certains pays, les chambres de commerce sont des institutions de droit public et leur dénomination est protégée. Dans d'autres, comme en Belgique, ce sont des institutions de droit privé ne jouissant d'aucune protection.