Mauvaise passe pour votre portefeuille

A des degrés divers, les grandes banques belges (Fortis, KBC, Dexia et ING Belgique) sont toutes touchées par la crise du "subprime". Elles sont toutes amenées à revoir à la baisse la valorisation de certains de leurs actifs de mauvaise qualité du type "subprime". L'édito de Vincent SlitsEcoutez Ariane Van Caloen

Ariane van Caloen
Mauvaise passe pour votre portefeuille
©Olivier Pirard

A des degrés divers, les grandes banques belges (Fortis, KBC, Dexia et ING Belgique) sont toutes touchées par la crise du "subprime". Elles sont toutes amenées à revoir à la baisse la valorisation de certains de leurs actifs de mauvaise qualité du type "subprime" (voir ci-contre). Ces dépréciations ont pour effet de peser sur leurs bénéfices. Pour rétablir leur rentabilité, les différentes institutions vont-elles être amenées à revoir les conditions d'offres de leurs produits phares (comptes d'épargne, bons de caisse, crédit hypothécaire...) ?

"La crise du "subprime" n'a pas d'impact direct. Mais elle peut en avoir un de façon indirecte dans la mesure où les taux d'intérêt sur les marchés internationaux sont influencés par la crise" , explique le responsable marketing chez Dexia.

Deux baisses successives

Or, pour le moment, la crise du "subprime" a surtout eu un impact sur les taux américains. En effet, les deux baisses successives décidées en catastrophe par la Réserve fédérale américaine (qui a ramené son taux directeur de 4,25 à 3 pc) ont eu pour conséquence de réduire les taux courts et donc d'accroître l'écart entre les taux à court et long terme (171 points de base entre le deux et le dix ans). En Europe, en revanche, l'écart reste très faible voire nul quand on compare le papier à trois mois (4,33 pc) et le dix ans (4,32 pc). Sur base du niveau des taux à court terme, comment se fait-il, dès lors, que les banques maintiennent les rémunérations sur leurs livrets d'épargne à des niveaux extrêmement bas (1,50 pc + 0,50 pc de prime de fidélité) et même inférieurs au niveau de l'inflation (3,4 pc en janvier en Belgique) ?

Mises en difficulté par la crise du "subprime", les institutions belges (et surtout Fortis) sont-elles enclines à ne pas revoir la rémunération (déjà très basse) des comptes d'épargne ? Yves Delacollette, le patron de Deutsche Bank Belgium a le "sentiment que les grandes banques belges acceptent une perte lente mais certaines des parts de marché sur le compte d'épargne" . La crise du "subprime" "ne fait donc que renforcer cette dynamique de fond" . C'est dans ce cadre-là qu'une institution comme Deutsche Bank Belgium (outsider sur le compte d'épargne) a attiré 9 000 nouveaux clients rien qu'en janvier pour un accroissement d'actifs de 500 millions d'euros.

Au niveau des bons de caisse, les banques ont encore moins de raisons de revoir leurs taux à la hausse compte tenu des taux à long terme encore très bas. Elles ont d'ailleurs revu les rémunérations à la baisse en janvier (3,50 pc pour le bon à 5 ans et 3,75-3,80 pc pour le bon à 7 ans).

"Le plus grand risque"

Logiquement, on aurait donc dû voir une baisse des taux sur le crédit hypothécaire. Mais il n'en fut rien. "A première vue, les banques sont dans l'expectative. Si elles baissent leurs tarifs, ce sera probablement dans le contexte du salon de Batibouw" , explique Fabienne Maes, responsable de l'information financière chez Budget Hebdo.

Et puis, si détente il y a, elle pourrait être de courte durée. Car d'après Alexandre De Groote (Petercam Institutional Bonds), il y a de fortes chances que les taux longs dans la zone euro remontent d'ici la fin de l'année, en raison de la prise en compte du regain d'inflation. Il mise sur un taux d'environ 4,75 à 5 pc pour l'obligation linéaire à dix ans.

D'après Fabienne Maes, "le plus grand risque" des effets de la crise du "subprime" sur l'offre de produits bancaires est que "les banques profitent du fait que les gens se méfient de la Bourse pour essayer de vendre encore plus de produits structurés" . C'est-à-dire tous ces produits du type capital garanti ou avec rémunérations variables. "Ces produits ne sont pas tous mauvais. Mais une grande partie d'entre eux offre une sécurité que l'on paie cher, souvent trop cher." D'où la nécessité de bien les décortiquer.


Tout savoir sur le "subprime" Nous entamons, ce lundi, une série d'articles pour mieux comprendre la crise financière. En une semaine, les grandes questions liées au "subprime" seront abordées. Mais d'abord, qu'est-ce que le "subprime" ? Projetons-nous quelques années en arrière. Au début de cette décennie, aux Etats-Unis, beaucoup de particuliers profitent des taux d'intérêt réduits pour acheter une maison. Certains banquiers n'hésitent pas à octroyer des prêts immobiliers à des particuliers dont la solvabilité laisse à désirer. On parle du marché des "subprime mortgages". Pour toute garantie, ces banques prennent une hypothèque sur l'immeuble acheté, sans savoir que l'on est en pleine "bulle" immobilière : les prix du marché sont trop élevés par rapport à la valeur réelle des maisons. Ensuite, ces prêteurs procèdent à une "titrisation" de la dette des emprunteurs. Autrement dit, ils transforment ces créances hypothécaires en titres négociables. Car, bien que relativement bas au point de vue du crédit hypothécaire, les taux d'intérêt sont considérés comme élevés au regard des taux en vigueur pour les placements classiques (obligations, etc.). Ces créances "titrisées" au rendement alléchant se vendent si bien qu'elles se répandent dans tout le circuit financier. Mais quand, en 2006, la bulle immobilière se dégonfle, les emprunteurs se trouvent en difficulté car les taux d'intérêt remontent. Les défauts de paiement se multiplient. Couvertes par des hypothèques sur des immeubles dévalués, les banques ne parviennent pas à récupérer l'argent prêté... Du coup, les titres adossés à ces créances voient leur valeur s'effriter dangereusement. C'est le début de la crise financière.