Fannie et Freddie ont fauté, eux aussi !

Quand la crise du "subprime" a éclaté en juin dernier, ils ont été nombreux à pointer du doigt les agences de notation. C'étaient eux les vilains. C'étaient eux les fautifs qui, en collant des notations excellentes (du type AAA ou AA) à du papier qui s'est avéré par après de mauvaise qualité, avaient trompé les marchés financiers.

Ariane van Caloen

Quand la crise du "subprime" a éclaté en juin dernier, ils ont été nombreux à pointer du doigt les agences de notation. C'étaient eux les vilains. C'étaient eux les fautifs qui, en collant des notations excellentes (du type AAA ou AA) à du papier qui s'est avéré par après de mauvaise qualité, avaient trompé les marchés financiers.

Au fil des semaines, on s'est rendu compte que ces agences n'étaient pas les seules "coupables" d'une crise qui fait intervenir énormément d'acteurs.

Les premiers acteurs à entrer en scène sont ces courtiers américains spécialisés dans le prêt hypothécaire. Les deux plus connus s'appellent Fannie Mae et Freddie Mac. Fannie Mae a été créée en 1938 par le président Roosevelt pour permettre à des centaines de milliers d'Américains d'emprunter pour acheter leurs maisons. Privatisée en 1968, elle a gardé une mission de service public. Tout comme d'ailleurs Freddie Mac.

Les deux institutions, qui détiennent ou garantissent environ 40 pc des crédits hypothécaires des ménages américains, avaient un intérêt commun avec le gouvernement Bush : soutenir la croissance américaine en facilitant le maximum de ventes de maisons. Elles ont ainsi poussé des milliers de ménages à bas revenus à emprunter à des taux variables pour acheter un logement au prix fort. Cela ne posait pas de problèmes jusqu'au jour où les taux d'intérêt sont remontés et le prix de l'immobilier s'est effondré (à partir de 2006).

Aliénation du risque

Une grande partie de ces prêts hypothécaires a été en "titrisée", c'est-à-dire qu'ils ont été transformés en obligations revendues à différents investisseurs en quête de rémunérations plus intéressantes que les obligations d'Etat. Le marché des titres adossés à des prêts hypothécaires est énorme. Il se monte à... 2 trillions de dollars. A cela, il faut encore ajouter tous les autres crédits pour d'autres achats (voitures, appareils ménagers,...) accordés à tour de bras par des banques comme Citigroup qui les a ensuite titrisés.

Mais pour revendre ces titres, il fallait évaluer leur qualité. C'est là qu'interviennent les agences de notation. Les plus connues sont Moody's, Standard & Poor's et Fitch. Elles sont des sociétés privées qui ne sont soumises à aucune supervision. Et pourtant leurs notations (la meilleure est AAA) font l'objet d'utilisations officielles notamment dans le calcul de la solvabilité des banques. Le hic, c'est que certaines notations se sont avérées trop positives au moment de l'éclatement de la crise du "subprime". D'où les critiques entendues de toute part.

Les "monoliners", qui sont essentiellement des institutions américaines spécialisées dans le "rehaussement" (réassurance) de crédits comme Ambac ou FSA (filiale de Dexia), ont aussi " joué un rôle dans l' aliénation du risque" , explique Geert Noels, économiste en chef chez Petercam.

De nombreuses banques, américaines en particulier, ont aussi cherché à diluer le risque en créant des véhicules (comme les SIV - Structured Investment Vehicules) qui ont pour objet de faire le lien entre les banques et l'investisseur final dans ces crédits titrisés. Mais face à ce qui est devenu une crise du crédit, nombre d'entre elles ont dû reprendre ces SIV dans leurs bilans et les passer par pertes et profits.


SIV de Citibank sous perfusion La banque américaine Citibank a mis 3,4 milliards de dollars à disposition de six de ses sept véhicules d'investissement dédiés aux dérivés de crédit (lire ci-contre), afin d'en redresser le profil financier, a indiqué mardi l'agence de notation Moody's. Selon l'agence, il ne s'agit pas d'une injection immédiate mais d'un engagement à recapitaliser un ou plusieurs de ces véhicules "au cas ou la valeur de marché de leur capital approcherait de zéro". Pour Moody's, les montants affectés "apportent suffisamment de couverture pour justifier" la notation Aaa, la meilleure possible, pour les six SIV. A la mi-décembre, Citigroup avait rapatrié dans son bilan ces structures, pour les protéger d'un abaissement de notation et rassurer les investisseurs. (AFP)