Votron, le patron de Fortis, justifie son salaire

Jean-Paul Votron, le patron de Fortis, affirme avec force que le rachat d'ABN Amro n'a pas été trop onéreux.Fortis a pris les mesures nécessaires pour faire face à la crise du subprime, ajoute-t-il.Il se montre confiant à quelques jours de l'assemblée.

Ariane van Caloen
Votron, le patron de Fortis, justifie son salaire
©Christophe Bortels

Alors que l'assemblée de Fortis aura lieu mardi prochain, Jean-Paul Votron, le patron de Fortis, a donné une interview exclusive à "La Libre".

Quel montant doit encore trouver Fortis pour boucler le financement du rachat de sa part dans ABN Amro ?

Il nous reste à trouver un peu moins de 2 milliards. Et nous avons pour le faire jusqu'à fin 2009. On peut dire que la partie financement d'ABN Amro est bouclée.

Fortis n'est donc pas au pied du mur comme Royal Bank of Scotland qui va lancer une énorme augmentation de capital ?

On a toujours dit que Fortis avait l'argent pour racheter ABN. Le tout était de voir comment articuler l'ensemble du financement. Nous avions établi un schéma qui a été respecté. Nous n'avons pas dû émettre du papier pour couvrir notre exposition au subprime.

Vous avez quand même dû vendre 50 pc de Fortis Investments...

Cela n'a rien à voir avec le subprime, mais avec le financement des 24 milliards pour payer notre partie d'ABN Amro. Le résultat de Fortis couvre totalement son exposition au subprime.

Fortis se sent donc à même d'affronter la crise du subprime ?

Nous avons pris des provisions pour le subprime sur base du modèle américain qui sont plus strictes que la plupart des modèles européens. Si ces hypothèses se réalisent effectivement, je peux vous dire que les Etats-Unis vont vivre un problème social gigantesque. J'espère qu'elles ne se réaliseront jamais même si nous serions couverts.

Avec un portefeuille de crédits structurés de 48 milliards, l'exposition de Fortis n'est-elle pas plus élevée que les autres banques belges ?

Nous sommes l'institution qui a montré toute son exposition. C'est la grande différence par rapport à d'autres banques pas spécialement belges.

Quelles leçons tire Fortis de la crise du subprime ?

Je pense que toutes les banques estimaient que ces instruments étaient valables au moment où elles ont investi. Surtout quand, comme pour Fortis, la majorité des actifs en question bénéficiaient des meilleurs ratings. Leur valeur s'est effondrée. Mais je suis convaincu qu'elle va remonter. Certains investisseurs pensent racheter des produits structurés du type CDO. Nous n'en sommes pas là. Nous voulons voir comment le marché évolue et attendre que le marché soit à nouveau liquide.

Avez-vous pris des mesures pour mieux évaluer le risque ?

Etant donné qu'il n'y avait plus de transactions au niveau des CDO, on a réduit l'unité aux Etats-Unis qui s'en occupait. Autre mesure : une gestion au jour de jour de ce genre de risque. Ajoutons à cela des provisions suffisantes, et la décision d'appliquer une transparence totale. C'est ce que le marché a le plus apprécié.

La critique faite à Royal Bank of Scotland d'avoir payé trop cher ABN Amro ne peut-elle pas être faite à Fortis ? La démission de son patron Fred Goodwin a même été évoquée....

Goodwin est Goodwin. Je ne vais pas parler de RBS. Nous sommes totalement indépendant l'un de l'autre. Fortis a acheté des actifs d'ABN Amro qui s'intègrent parfaitement dans son modèle économique. Nous avons valorisé ces actifs sur base des profits qu'ils vont générer, en y incluant la certitude d'obtenir des synergies de 1,3 milliard d'euros d'ici 2011. Nous avons acheté du profit d'ABN Amro, qui s'élevait l'année dernière à 1,4 milliard d'euros. La partie que nous avons achetée est caractérisée par une forte stabilité des résultats.

Vous ne comprenez donc pas les critiques sur le prix...

Non. Elles sont absurdes. Il y a un amalgame entre la valeur des actifs achetés et le prix des actions. L'évolution des marchés n'enlève pas la valeur intrinsèque de ce qu'on achète. Dans ma vie, je n'ai jamais entendu dire qu'une acquisition était bon marché. Quand on a acheté la banque turque Disbank, on nous a dit qu'on n'avait payé trop cher. Entre-temps, cela a pris pas mal de valeur.

Ne craignez-vous pas d'être remis en question, comme Fred Goodwin, lors de l'assemblée qui a lieu mardi prochain ?

La question de savoir si ABN Amro est une bonne acquisition est légitime. Ce sera l'occasion d'expliquer pourquoi c'est une acquisition extraordinaire. Les activités d'asset management ont été intégrées en un temps record, la nouvelle organisation du private banking a été annoncée. Fortis est maintenant une société de plus de 80 000 personnes présente dans 50 pays; elle fait partie des top mondiaux. Les actionnaires doivent aussi se mettre dans une optique à long terme.

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