Le salaire de Votron en point de mire

Il y a eu un record d'affluence mardi à l'assemblée de Fortis.Où les critiques ont surtout porté sur la rémunération en nette hausse du CEO.Le président, Maurice Lippens, s'est défendu en ventant avec insistance Votron et l'opération ABN. Réagissez sur notre forum

Ariane van Caloen
Le salaire de Votron en point de mire
©BELGA

Les critiques ont fusé mardi à l'assemblée de Fortis où c'était la foule des grands jours. Elles ont porté, en premier lieu, sur la hausse de 15 pc à 3,91 millions d'euros de la rémunération du CEO, Jean-Paul Votron en 2007. Un actionnaire a ironisé sur ce "bel exemple de gouvernance" , rappelant que la capitalisation boursière de Fortis était la même qu'il y a un an mais avec le double d'actions et que le bénéfice était soutenu par la vente d'actifs. Une sortie virulente qui a donné lieu à des applaudissements nourris...

Une représentante du personnel a été à peine plus tendre, reprenant en partie les arguments des syndicats qui ont manifesté avant l'assemblée. "Cela va-t-il dans le sens d'une paix sociale ? Les salariés ont le sentiment de payer le coût de la crise du "subprime". La rémunération doit faire l'objet d'un débat public. Il est nécessaire de revenir à une situation décente" , a-t-elle souligné. Ce à quoi Herman Verwilst, vice-président, a rétorqué qu'il n'y avait pas de perte de pouvoir d'achat pour le personnel.

"Remarquable vision"

Un autre actionnaire a demandé si, vu les circonstances, les dirigeants ne pourraient pas renoncer à leur bonus. Une suggestion qui n'a pas eu d'écho...

Lors de son discours d'introduction, Maurice Lippens avait tenté de désamorcer la bombe en expliquant toutes les raisons qui avaient poussé le conseil d'administration à octroyer un bonus de 2,5 millions d'euros à Jean-Paul Votron. L'évaluation s'est faite avec l'aide de consultants et sur base de "trois développements majeurs" qui n'étaient pas prévus il y a un peu plus d'un an, a-t-il expliqué. Il y a eu l'achat d'ABN Amro, la gestion de la crise financière et la mise sur pied d'une "alliance majeure" avec les Chinois de Ping An, entrés dans le capital de Fortis (4,99 pc) et de Fortis Investments (50 pc). Il a salué "la remarquable vision et la capacité exceptionnelle de leadership" de Jean-Paul Votron tant à l'intérieur de la société que vis-à-vis de parties extérieures "qui ont tenté de faire échouer le projet" .

Il a aussi rappelé que le montant du salaire doit s'apprécier par rapport à des situations comparables dans d'autres pays. En termes de patrons les mieux payés, Votron "n'arrive même pas dans les dix premiers aux Pays-Bas", a-t-il expliqué. Le conseil a toutefois promis plus de transparence pour l'année prochaine.

Dividende intérimaire

Autre sujet délicat : le prix payé pour ABN Amro jugé trop élevé par certains analystes. "Il aurait été irresponsable de ne pas faire l'opération" , a martelé Maurice Lippens, qui a dit "garder la conviction que les bons choix ont été faits" . "On a payé un pourcentage franchement faible par rapport à d'autres transactions", a ajouté le CFO (Chief Financial Officer) Gilbert Mittler. Ce dernier a aussi démenti les rumeurs d'augmentation de capital lancées par des analystes. "Notre solvabilité est très solide" , a-t-il dit. Il a confirmé que le coût d'intégration d'ABN Amro s'élèverait à 1,5 milliard et a annoncé le versement d'un dividende intérimaire de 0,59 euro en septembre 2008, ce qui représente 50 pc du 1,17 € versé en 2007.

Malgré les récriminations, les points soumis au vote (affectation du résultat, décharge aux administrateurs, etc.) ont chacun obtenu un large suffrage (à plus de 98 pc) des actionnaires présents (19,7 pc du capital était représenté). C'est Maurice Lippens, dont le mandat de président a été renouvelé pour 4 ans, qui a obtenu le moins bon score avec 98,22 pc. Jean-Paul Votron a, lui, eu droit à 98,91 pc des voix et le Chinois Louis Cheung 99,93 pc.