Quatre factures sur 10 payées en retard

Chaque année, Intrum Justicia sort son baromètre du recouvrement de créances. Mais celui-ci, réalisé en janvier dernier sur base des réponses de près de 7 000 entreprises, est plus inquiétant que les précédents. Une précision : cet état des lieux ne concerne pas les biens de consommation achetés dans les magasins ni les loyers.

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© BELGA
M.Bs

Chaque année, Intrum Justicia (1) sort son baromètre du recouvrement de créances. Mais celui-ci, réalisé en janvier dernier sur base des réponses de près de 7 000 entreprises, est plus inquiétant que les précédents. Une précision : cet état des lieux ne concerne pas les biens de consommation achetés dans les magasins ni les loyers. Il s'agit uniquement des services et produits facturés par les entreprises : le téléphone, Internet, l'énergie, les assurances, les services bancaires, la vente à distance, les factures hospitalières, etc.

Le baromètre publié hier montre que le risque de paiement se maintient à un niveau inquiétant en Belgique. Même si 55 pc des créances y sont payées à temps. Et même si la moyenne européenne est pire.

Au niveau européen, le retard de paiement a légèrement augmenté : en un an, il est passé de 16 à 17 jours. C'est le niveau le plus élevé depuis 2004. Les pays nordiques continuent à figurer parmi les meilleurs élèves, alors que la situation se dégrade notamment en Espagne, en Italie et en Suisse. Quant à la Belgique, elle affiche une moyenne de 15,3 jours de retard (et un temps de paiement moyen de 52 jours), ce qui la relègue à la 17e place sur les 27 du classement des meilleurs payeurs.

Pourquoi faut-il s'inquiéter ? D'abord, parce que cet état des lieux est trop vieux pour avoir déjà absorbé tous les effets de la crise financière. "Nous sentons clairement que la situation s'est dégradée depuis", affirme Veerle Van Mierlo, marketing manager chez Intrum Justicia. "Avec l'augmentation des prix de l'énergie, de l'essence, des produits alimentaires, on voit augmenter le nombre de factures impayées, en particulier par les consommateurs."

Ensuite, parce que ce chiffre moyen masque de préoccupantes réalités. L'addition est salée. Au total, le monde économique européen perd 300 milliards d'euros à cause des factures impayées : un record. Rien qu'à la Belgique (où les 2,4 pc de factures jamais payées dépassent la moyenne de pertes européenne fixée à 2 pc), celles-ci ont coûté 7,7 milliards d'euros en 2007 !

Entre 2006 et 2007, les entreprises ont fait un effort pour raccourcir le délai de paiement à leurs consoeurs. Les particuliers et les pouvoirs publics, en revanche, ont pris encore un peu plus de temps. Ces derniers sont très loin de montrer l'exemple, avec le retard le plus important : 26 jours de moyenne (délai moyen de paiement accordé : 49 jours; durée moyenne de paiement effectué : 75 jours !). Viennent ensuite les entreprises, avec 13 jours de retard en moyenne (délai moyen de paiement : 37 jours; durée moyenne de paiement : 50 jours). Et enfin les particuliers, avec 6 jours de retard (délai : 27 jours; durée de paiement : 33 jours).

Surprenant : malgré ces tendances négatives qui semblent suggérer le besoin de nouvelles mesures plus strictes, les entreprises ne semblent pas réellement considérer les mauvais payeurs comme un problème (lire ci-contre).

(1) Cette entreprise européenne cotée, spécialisée dans la gestion de crédits, s'occupe notamment de gestion de créances.


Quelles menaces, quelles mesures?Les entreprises belges sont optimistes. Plus d'une sur deux affirme que ses liquidités ne sont pas affectées par d'éventuels paiements tardifs ou non-paiements. Quelque 48 pc craignent néanmoins de tels effets. Et 10 pc les perçoivent comme une réelle menace pour leur survie. Un pessimisme palpable se manifeste pour les douze mois qui viennent. Pour 49 pc des entreprises interrogées, le risque de paiement ne diminuera pas, et 31 pc craignent même qu'il empire. Quant à l'entreprise de recouvrement à l'origine du baromètre, elle réclame que des mesures soient prises sans attendre pour surveiller les créances de plus près. Comme "la mise en oeuvre cohérente d'une politique de crédit claire, un contrôle constant de l'adresse de facturation, une analyse en profondeur des risques possibles, des vérifications cohérentes et régulières de la solvabilité, et des rappels et contacts rapides avec les débiteurs", conclut le rapport. "La loi sur le recouvrement est très peu claire, que le mauvais payeur soit un consommateur, une entreprise ou un service public", ajoute Veerle Van Mierlo d'Intrum Justicia. Et d'évoquer l'intensif lobby qui pousse le législateur à revoir sa copie, et les quelques initiatives politiques isolées qui sont déjà allées dans ce sens mais sans succès... "Mais l'Etat est juge et partie... S'il commençait par montrer l'exemple en honorant ses factures comme il faut, cela ferait déjà réaliser une belle économie aux entreprises !"