Ubisoft charmant, prince gagnant

Le casual gaming gagne plus que jamais les faveurs d'Ubisoft. Mais l'éditeur français qui présentait le mois dernier ses futurs poulains n'oublie pas le core gaming. Et s'apprête à marquer un grand coup avec le nouveau "Prince of Persia". Vers notre dossier spécial

Ubisoft charmant, prince gagnant
©D.R.
Michi-Hiro Tamaï

Bicéphale, la line up d'Ubisoft accomplira à l'avenir un grand écart que l'ensemble de l'industrie des jeux vidéo s'applique à reproduire depuis quelques mois. D'un côté, le géant hexagonal mise ainsi avec force sur des jeux dits casual, où santé et lifestyle s'adressent particulièrement aux femmes de toutes générations. De l'autre, la guerre spectacle sur Xbox 360, PlayStation 3 et PC, stimule la testostérone mâle en jouant dans tous les registres. Entre simulation et arcade, les avions de chasse de "Hawx" entendent ainsi faire de l'ombre au réputé Ace Combat de Namco. Avec en bonus une représentation caméra très spectaculaire de phases dogfight aussi impressionnantes que dans "Top Gun" (le film) à son époque. Tout en kaki, "Brothers in Arms : Hell's Highway" n'a que mollement séduit les amateurs de jeu de tir à la première personne, plus occupé à découvrir le monde ouvert (dans la veine "Grand Theft Auto") de " Far Cry 2" . Un titre qui quitte les rivages de son inspiration fantastique de l'île du Dr. Moreau pour nous plonger dans la dure réalité de conflits civils centrafricains. Estampillé comme un jeu de stratégie temps réel révolutionnaire au fil de ses nombreuses previews , " Endwar" n'accouche finalement que d'une souris. Le prometteur système de commandes vocales des unités censé rendre le genre accessible sur consoles ne sert que de complément à cette expérience stratégique futuriste, néanmoins léchée graphiquement.

Heureusement, au-delà de cette dualité (filles/mode-régime, garçons/guerre) tristement consensuelle dans ses propos, deux productions réellement séduisantes ont charmé le public. On retiendra ainsi l'annonce - via une petite vidéo assez laconique - de la suite du génial "Beyond Good & Evil" de Michel Ancel. Rien de tangible pour l'instant tant au niveau du scénario que des mécaniques de jeu. Mais vu le pedigree du premier opus (un univers burlesque teinté de SF/fantastique, une héroïne intelligente évitant les clichés "belle plante" et un propos écolo amené avec finesse), forums, blogs et sites web dédiés s'enflamment déjà. Nous aussi. Egalement présenté dans une version malheureusement non jouable à travers une cinématique léchée, le renouveau de la série des "Prince of Persia" s'est posé comme l'événement ayant définitivement marqué les esprits.

Chorégraphies de combats (vus à la troisième personne) envoûtantes et esthétique "Mille et une nuits" bluffante : le leitmotiv de la précédente trilogie (sur PlayStation 2 et Xbox) ne change pas, mais se voit réorchestré avec talent par la nouvelle équipe montréalaise en charge du mythique projet. En tentant de reproduire tel quel à l'écran les artworks (dessins préparatoires à un jeu vidéo), la patte graphique de la série prend un nouveau souffle. Un croisement entre cell shading (texture cartoon 3D) et graphismes vidéoludiques traditionnels que Jean-Christophe Guyot, directeur créatif du projet définit comme un nouveau style "illustratif". Cette première dans les jeux vidéo qui met fin à cette "frustration des illustrateurs papiers qui ne retrouvent que trop souvent leur travail repris en filigrane dans les jeux vidéo".

Puissance next gen oblige, l'univers de ce "Prince of Persia" nouveau délaissera les niveaux labyrinthiques étouffants des précédents épisodes pour s'ouvrir sur des plaines infinies et de vertigineuses montagnes à explorer. Nouveauté gameplay majeure de ce "GTA" mixant plate forme et duels, le Prince sera équipé d'un gant magique qui lui permettra de se déplacer verticalement ou horizontalement sur des parois avec comme corollaire une structure des niveaux beaucoup plus verticale qu'auparavant. Les combats, eux s'articuleront en duels, avec l'arrivée d'Elika, personnage secondaire qui aidera le Prince via l'appui d'une touche. Simpliste ? "Non, car les contextes feront varier ses actions", se défend Ben Matters, producteur du projet. "Dans les airs, au sol ou au beau milieu d'un combat, ses interventions - des attaques magiques et physiques - seront par ailleurs dictées par un timing."

Et Jean-Christophe Guyot de préciser : "Mieux, les artefacts du Prince comme son alliée et son gant pourront être combinés pour, par exemple, projeter dans les airs un ennemi puis faire appel à Eluca pour qu'elle l'intercepte." Des chorégraphies qui devraient s'avérer payantes pour Ubisoft, qui semble avoir retenu les leçons de son très populaire "Assassin's Creed".

Infos : www.ubi.com/fr