"Dexia ne coupera pas son dividende"

Dur, dur, la vie de banquier. La crise financière touche de plein fouet plusieurs groupes financiers belges. Lundi, le patron de Dexia, Axel Miller, a tenu à réagir aux diverses informations qui ont circulé au sujet du bancassureur franco-belge dernièrement.

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© Alexis Haulot
Ph.G.

Dur, dur, la vie de banquier. La crise financière touche de plein fouet plusieurs groupes financiers belges. Lundi, le patron de Dexia, Axel Miller, a tenu à réagir aux diverses informations qui ont circulé au sujet du bancassureur franco-belge dernièrement.

"Aujourd'hui, si l'on me demande si Dexia va couper son dividende, je réponds non", a-t-il dit lors d'une rencontre avec la presse à Bruxelles. "Notre "pay out ratio" (le taux de distribution, c'est-à-dire le rapport entre les dividendes distribués et le bénéfice net, NdlR) est toujours d'environ 40 pc. Il y a donc de la marge. Faudra-t-il calibrer ce dividende en fonction du taux de croissance des trois années à venir ? On verra", a-t-il ajouté, en précisant que le plan contenant les prévisions chiffrées du groupe à un horizon de trois ans faisait l'objet d'une mise à jour annuelle. Un nouveau plan sera soumis au conseil d'administration du groupe début 2009. Evidemment, si, entre-temps, des circonstances nouvelles devaient provoquer une modification sensible des prévisions en vigueur, la direction l'annoncerait directement, s'agissant d'une information de première importance à communiquer au marché.

La faute à la spéculation

Axel Miller a aussi indiqué qu'à l'heure actuelle, il serait erroné de spéculer sur une éventuelle augmentation de capital de Dexia. Mais il a souligné que le secteur bancaire manquait de visibilité à un an, voire à six mois. Le patron du groupe financier a également commenté la récente chute de l'action Dexia. "L'évolution du cours de Bourse est une chose, mais elle est à distinguer de la situation de l'entreprise en tant que telle, a-t-il déclaré. Nous avons une situation de liquidité qui est très bonne. Nous sommes bien notés sur le marché interbancaire. Mais il faut faire face à la situation de l'industrie financière dans le monde, aux circonstances macroéconomiques marquées par la hausse des prix des matières premières, et au flux constant d'informations négatives entourant les entreprises du secteur. Ces éléments, combinés, ont clairement un effet sur le business model du secteur bancaire. Nous avons mangé notre pain blanc."

En outre, Axel Miller s'en est pris aux spéculateurs qui "parient sur une baisse des valeurs bancaires". "Nous n'y échappons pas. Dans ce contexte de marché d'actions extrêmement nerveux et volatil, le cours de Bourse n'est donc pas nécessairement le bon indicateur pour juger de la situation de l'entreprise en tant que telle", a-t-il précisé. Pour le patron de Dexia, le marché ne distingue plus une banque d'une autre, alors que chacune se positionne différemment sur le plan stratégique. "Il y a des effets d'annonce qui affectent toutes les banques en même temps. Il est donc très important, pour un dirigeant, de continuer à communiquer pour rappeler un certain nombre d'éléments de la stratégie propre à son entreprise."

A cet égard, Axel Miller a indiqué que le pôle bancaire se portait bien grâce à la bonne tenue des activités de financement des collectivités. "Au point de vue opérationnel, la croissance, en sous-jacent, s'élève à 7 pc, toutes activités du groupe confondues, a-t-il souligné. Les modèles commerciaux se maintiennent bien. C'est un marché où la crise financière a peu de répercussions."

Son salaire ? Déjà lié à l'action

Concernant FSA, la filiale américaine de Dexia active dans le rehaussement de crédit, c'est-à-dire l'assurance d'émissions obligataires, Axel Miller a affirmé que, dans les conditions actuelles du marché, sa solvabilité était suffisante. "FSA est l'un des seuls "monoliners" (rehausseur de crédit, NdlR) à bénéficier d'une note "AAA". En ce qui concerne la liquidité de son portefeuille de produit financier, il peut répondre à un scénario même extrêmement dégradé. Nous nous attacherons à conserver cette notation et analyserons les activités de FSA en ce sens. A l'évidence, on s'oriente vers une réduction assez forte des activités d'ABS ("asset backed securities", soit les produits issus d'opérations de titrisation, dont beaucoup sont liés au marché des crédits hypothécaires à risque, NdlR) et des produits structurés."

Interrogé sur un éventuel geste des dirigeants de Dexia à l'égard de leur rémunération, étant donné la chute du titre en Bourse, Axel Miller a répondu que la partie variable de son salaire, qui s'était élevée à environ un million d'euros l'an dernier, y était déjà liée. Elle dépend du "price earning ratio", le rapport entre le cours de Bourse et le bénéfice par action. Il a aussi souligné que les "stock options" (options sur actions), distribuées non seulement au management mais aussi à des cadres, avaient perdu de leur valeur, vu le repli du cours de Dexia. Dur, dur, la vie de banquier, qu'on vous disait...


BNP Paribas moins recommandéeLe titre BNP Paribas reculait nettement lundi matin, pénalisé par une note de la banque britannique HSBC évoquant une possible augmentation de capital du groupe français pour éponger les pertes liées à la crise du crédit. Peu avant midi, l'action BNP Paribas cédait 2,12 pc à 56,68 euros. Elle affichait depuis le début de l'année un repli de 23,3 pc, presque deux fois moins important que celui de ses principales concurrentes Crédit Agricole (-43,0 pc), Dexia (-42,1 pc) et Société Générale (-41,1 pc), et à peine plus que le Cac 40 (-21,9 pc). A la clôture, BNP Paribas avait réduit ses pertes, cédant 0,64 pc à 57,54 euros. Les analystes de HSBC ont abaissé leur recommandation sur le titre de BNP Paribas à "neutre", contre "surpondérer" auparavant, avec un objectif de cours diminué de 13,8 pc à 62 euros. Selon eux, la première banque française pourrait être contrainte de lever de nouveaux fonds en Bourse, compte tenu de la détérioration de l'environnement économique et du risque de dépréciations d'actifs. Le directeur général de BNP Paribas, Baudouin Prot, a toutefois affirmé dans un entretien au "Financial Times" que son groupe n'aurait pas besoin d'une augmentation de capital, à la différence du Crédit Agricole et de la Société Générale, même s'il n'a pas exclu de nouvelles provisions ou dépréciations, relèvent les analystes d'Aurel dans une note. Le ratio de solvabilité "Tier One" de la banque, l'une des plus épargnées par la crise des crédits à risque, est jugé satisfaisant, à 7,6 pc, ajoute M. Prot dans cet entretien publié lundi. (AFP)

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