Les nouvelles Amazones

Strong.Ladies, BadGirls Clan, Forze.Female, etc. Quatorze équipes et quelque septante joueuses feront crépiter leur AK-47, s'enverront des grenades ou s'égorgeront au couteau au sein de la Ligue Counter-Strike Women lors des prochains Electronic Sports World Cup (ESWC) en Californie. Vers notre dossier spécial

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©D.R.
Michi-Hiro Tamaï

Strong.Ladies, BadGirls Clan, Forze.Female, etc. Quatorze équipes et quelque septante joueuses feront crépiter leur AK-47, s'enverront des grenades ou s'égorgeront au couteau au sein de la Ligue Counter-Strike Women lors des prochains Electronic Sports World Cup (ESWC) en Californie. Sanglant ? Pas vraiment. Counter-Strike se pratique avant tout comme un sport d'équipe professionnel où l'intérêt de sa dimension tactique efface - presque - complètement sa violence. Et ouvre les portes des sports électroniques aux filles, qui se mesurent aux garçons, sans (trop) de complexes.

Avec des représentantes chinoises, chiliennes, russes, françaises, allemandes et même belges (Laura Van Asche jouera dans la formation allemande des MousePorts), la grande finale de l'ESWC (du 25 au 27 août à San José) démontre que la vague des jeux en réseau n'a épargné aucun continent. Et aucun sexe. Les Lan Parties, ces rassemblements où l'on débarque par centaines, PC sous le bras, pour s'affronter, par écrans interposés, sur des jeux vidéo multijoueurs demeurent une activité à forte dominance masculine. Normal, avec des titres de stratégie temps réel (RTS) comme "Warcraft III : The Frozen Throne" ou des jeux de course arcade comme "Trackmania Nation". Mais cet univers à haute teneur en testostérone se voit contrebalancé par un titre unisexe indéboulonnable dans le milieu : "Counter-Strike" (CS).

Timides et exotiques au début, les incursions féminines au sein de ce first person shooter (jeu de tir subjectif) mettant en piste deux équipes de joueurs (terroristes contre forces spéciales) sont désormais monnaie courante. Désamorçage de bombes, libération d'otages, élimination complète de l'équipe adverse... Les "fragueuses" (un frag équivaut à l'élimination d'un adversaire ou l'achèvement d'un objectif donnant des points) ne font pas de figuration. Le secteur du jeu vidéo professionnel l'a bien compris.

On croise désormais des gameuses pros, au sein des équipes féminines (dites teams). Horaires d'entraînements stricts, coaches exigeants, sponsors permanents... : depuis la fin des années nonante, l'ensemble des sports électroniques se sont professionnalisés. Et tournent avec la Cyberathlete Professional League, les World Cyber Games et l'Electronic Sports World Cup. Trois circuits et autant de tournois à l'échelle mondiale couronnés de lots, en monnaie sonnante et trébuchante.

Entraînements sportifs intensifs

"L'entraînement d'une équipe à "Counter Strike" passe par la préparation stratégique d'attaque ou de défense à travailler ensemble à distance afin de les apprendre et de répéter les différentes phases tactiques", note Christelle Cugnon (en médaillon ci-dessus), fragueuse vétérante de 23 ans (ex-membre de Secrecy, XpT Ladies et Games Nation Ladies) qui compte déjà à son actif trois participations successives aux Coupes du monde ESCW à Paris.

"Il faut en plus travailler le team play. Soit l'habilité à jouer ensemble et à anticiper automatiquement les faits et gestes de ses coéquipiers pour les assister, les aider et/ou les compléter dans leur jeu. L'objectif final est d'arriver à un jeu homogène où un minimum de fautes seront commises lors du match."

Communication, stratégie et surtout esprit d'équipe séduisent le sexe (plus vraiment) faible. Guerrier et violent, le thème de "Counter-Strike" reste donc en retrait par rapport à son intérêt tactique et communautaire. "Un nombre croissant de filles sont effectivement intéressées par "Counter-Strike" et par ses aspects team, communication et communauté. Mais il n'y en a pas encore assez de nouvelles dans le circuit."

La démographie des fragueuses affiche néanmoins une bonne santé apparente qui pousse de nombreux acteurs du secteur à les promouvoir. D'autant que le jeu vidéo conquiert le grand public par la voix du casual gaming (ces jeux accessibles à tous). Samsung organise ainsi chez nous, pour la première fois cette année, son Battle of the Sexes, une série de qualifications féminines suivies pour les gagnantes d'une formation soutenue en vue d'une participation aux World Cyber Game de novembre prochain. Davantage un phénomène flamand que francophone toutefois, compte tenu que la seule équipe quasi-pro opère au nord du pays (les LowLand Lions participent à cet ESCW).

Sexisme paternaliste

Prenant part à la Coupe du monde qui débutera ce lundi, les Suédoises "Les Seules" font depuis quelques années l'objet d'une émission de télé-réalité (www.playus.tv). Sans oublier les Frag Dolls d'Ubisoft. L'éditeur hexagonal a lâché son concept d'ambassadrices fragueuses sous nos latitudes (toujours actives aux USA) qui avait avant tout valeur d'atout charme pour les joueurs. "Ces filles sont médiatisées par curiosité. Les éditeurs mettent beaucoup de moyens derrière elles car c'est glamour, ça rajoute une touche de finesse au milieu", note David Heuzé, en charge de la communication pour l'ESWC (Electronic Sports World Cup), organisme français qui se targue d'avoir lancé la Coupe du monde des jeux vidéo il y a sept ans. " Lors de la dernière Coupe du monde des jeux vidéo organisée l'an passé, sur les 750 participants rescapés des 500 000 personnes en lice pour la finale, on comptait 200 joueuses. Leur moyenne d'âge avoisinait les 18 ans, avec un profil aux antipodes de l'informaticienne asociale."

Un taux de participation féminin plutôt honorable donc, mais toujours sujet à préjugés et confusions. L'existence d'une ligue féminine semble ainsi ne pas avoir de sens puisque, contrairement aux Jeux olympiques traditionnels, aucune différence physique n'entre en compte. Sexisme paternaliste primaire ? "A terme on aimerait bien que cette distinction disparaisse, avoue David Heuzé. C'est une forme de discrimination positive pour que les joueuses moins expérimentées aient aussi leur chance. Elles ont un moins bon niveau que les garçons car elles sont arrivées plus tard dans le circuit."

Et Christelle Cugnon de relever : "Même si les filles peuvent prendre part aux tournois dits masculins, le problème est qu'elles partent souvent perdantes en pensant qu'il faut jouer contre des garçons. D'autant que certains les jugent nulles sans chercher plus loin. Heureusement, il y en a aussi pour qui la différence de sexe ne se pose pas, et d'autres qui restent en pâmoison devant nous."

Infos : www.eswc.com ; www.starlan.be ; www.lan-area.be ; www.gamerz.be

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