Spore, le chaos mis en boîte

Evénement de cette rentrée, le "Spore" de Will Wright est un formidable résumé de l'évolution des espèces... et des gameplays.Le dernier bébé du père des Sims innove aussi avec une approche communautaire 2.0 d'une intensité jamais vue.

Spore, le chaos mis en boîte
©D.R.
Michi-Hiro Tamaï

Will Wright compte parmi ces rares game designers à avoir remodelé les jeux vidéo à coups de concepts révolutionnaires. Construction plutôt que de destruction, abandon de l'idée de victoire, vulgarisation de théories scientifiques... autant de notions désormais courantes qui se sont imposées dans un paysage vidéoludique orthodoxe. Après s'être appuyé sur des théories de développement urbain à travers son séminal "Sim City" et après avoir exploré la psychologie comportementale (et l'architecture) via ses prolifiques Sims, le génial touche-à-tout californien résume la vie dans "Spore". Des débuts bactériens jusqu'à la conquête spatiale, à travers une esthétique attachante, une variété de gameplay jubilatoire et une mécanique communautaire vertigineuse.

Articulé en cinq étapes, "Spore" s'ouvre sur une première phase arcade où il s'agit de guider un organisme aquatique unicellulaire dans un environnement inhospitalier. Une étape intuitive façon "Pac Man" suivie de la découverte de la vie terrestre. Combats, socialisations, accouplements, la petite bestiole gagne des points d'ADN lui permettant d'évoluer physiquement. Le tout via l'Atelier de Créatures, un éditeur complet, puissant et simple d'emploi permettant de créer et personnaliser à outrance son animal. L'aventure Tribu déroule ensuite un gameplay orienté vers le développement et la gestion de sociétés et de technologies (feu, armes), amenant le joueur vers la Civilisation.

Cette quatrième ère l'emmène à la conquête (pacifique ou guerrière) de sa planète à l'aide d'unités et de ressources à gérer en mode RTS (jeu de stratégie en temps réel). De loin le plus spectaculaire, le dernier cycle s'ouvre sur l'exploration d'un système solaire puis de galaxies. Avec colonisation économique, religieuse ou guerrière, et gestion d'un nombre quasi infini de planètes.

De Spore à Sporn

Non contents de se poser comme une stupéfiante parenthèse évolutionniste, ces "cinq jeux vidéo en un" résument également les progrès du gameplay vidéoludique à travers l'histoire des jeux vidéo. Et pourraient se poser comme une porte d'entrée de vulgarisation de certains types de jeux vidéo a priori pointus selon Jenna Chalmers, game designer chez Maxis (Sim City, les Sims), en charge du volet spatial et communautaire du projet. "Avec les Sims, les femmes qui pensaient ne pas aimer les jeux vidéo ont radicalement changé d'avis. Mais ces joueuses occasionnelles n'ont pas nécessairement essayé d'autres genres comme les jeux de stratégie par exemple. J'espère que Spore aura le même effet que les Sims, mais à un niveau supérieur."

Si cette pluralité de mécaniques de jeu rassemble déjà des milliers d'admirateurs sur la toile, l'approche communautaire de Spore se pose également comme une révolution vidéoludique explosant le concept de l'implication du joueur en tant que créateur de contenu. Ce parti pris reprend en partie une des recettes à la base de l'énorme succès communautaire des Sims (la création et le partage d'objets comme des animaux, bâtiments et véhicules) pour l'utiliser de manière dynamique et sociale façon YouTube, MySpace et FaceBook. En pratique, selon ses centres d'intérêt, le joueur peut ainsi personnaliser à fond son aventure évolutionniste en choisissant dans Sporepedia (bibliothèque en ligne des animaux et objets créés par les joueurs) de progresser à travers des univers spécifiques comme Star Wars par exemple.

Déjà diffusé en juin dernier en démo sur la toile et fort de 3 000 000 créatures dessinées par des internautes, l'Atelier de Créatures compte parmi les outils de ce jeu vidéo 2.0. Avec déjà une polémique sur le phénomène "Sporn", ces créatures de forme génitale et souvent phalliques. "Les gens aiment voir jusqu'où peut aller le jeu, où sont ses frontières", sourit Jenna Chalmers. "Mais l'accès au web peut être complètement limité. Par ailleurs l'utilisateur peut souscrire à un nombre limité de créateurs à qui il fait confiance, ou encore bannir des objets via un système de report de contenu abusif. Maxis compte en tout cas enlever ce genre d'initiatives de ses serveurs."


Spore, Electronic Arts par Maxis, sur PC et Mac, prévu sur Nintendo Wii et DS (Spore Creatures.) Infos : www.spore.com