Lehman : séisme financier

Une onde de choc a secoué les marchés boursiers. Lundi, vers 7 h 00 heure belge, la banque d'affaires Lehman Brothers a annoncé qu'elle allait demander son placement sous la protection du chapitre XI. Ce régime légal applicable aux États-Unis permet à une entreprise en faillite d'éviter les saisies de ses créanciers. Edito: Lehman ou les dérives du système Les cours de la Bourse Les Bourses d'Asie plongent, les autorités rassurent Banques belges : "Pas de panique" La BCE injecte 70 milliards d'euros sur le marché

Lehman : séisme financier
©AP

Une onde de choc a secoué les marchés boursiers. Lundi, vers 7 h 00 heure belge, la banque d'affaires Lehman Brothers a annoncé qu'elle allait demander son placement sous la protection du chapitre XI. Ce régime légal applicable aux États-Unis permet à une entreprise en faillite d'éviter les saisies de ses créanciers. Cette décision est intervenue après l'échec des négociations menées durant le week-end en vue d'une vente de Lehman Brothers à Barclays. Cette dernière avait finalement décidé de quitter la table des négociations, parce qu'une telle acquisition "n'aurait pas été dans l'intérêt de ses actionnaires" . Voyant s'envoler cette dernière chance de sauvetage, Lehman Brothers, engluée dans des problèmes de capitalisation - ses engagements atteignent 30 fois ses fonds propres -, a dû faire aveu de faillite. À Wall Street, son action a été suspendue.

L'information a mis en émoi toute la finance mondiale. Deux heures après cette annonce, les Bourses européennes ont ouvert en très nette baisse, plombées par des valeurs financières en déroute. En cours de séance, les principaux indices ont souffert - à Bruxelles, le Bel 20 a perdu jusqu'à 5,13 pc en cours de séance - avant de clôturer sur des baisses comprises entre 2 et 4 pc. Wall Street a ouvert en net repli, elle aussi. Peu après le début de la séance, à New York, le Dow Jones reculait de 2,34 pc. Même les prix pétroliers ont chuté, les investisseurs s'inquiétant des conséquences de la crise sur la consommation énergétique. À New York, le cours du baril a perdu près de 5 dollars en cours de séance, à 96,3 dollars. Les valeurs financières ont pesé lourdement sur la tendance. Aux Etats-Unis, l'action de l'assureur AIG (American International Group) perdait 45 pc vers 17 h 00, heure belge. À Paris, Société générale a dévissé de 9,64 pc. À Londres, Royal Bank of Scotland a chuté de 12,20 pc. À Francfort, Commerzbank a dégringolé de 9,03 pc. Les groupes bancaires belges ont mal encaissé le coup, eux aussi (lire par ailleurs).

Méfiance entre les banques

"Ces écarts négatifs traduisent une grande inquiétude générale", commente Xavier Servais, de Dresdner Van Moer Courtens. "La Réserve fédérale américaine n'a pas voulu intervenir pour Lehman comme elle l'avait fait pour Bear Stearns . Elle a ainsi démontré qu'elle n'était pas prête à sauver systématiquement toutes les institutions financières." Jusqu'à présent, les banquiers avaient pu croire que les autorités interviendraient toujours, en dernier ressort, pour leur éviter une faillite. "C'est ce qui était espéré tacitement", indique ce spécialiste des marchés. La faillite de Lehman Brothers a anéanti cet espoir.

Un autre phénomène place les actions des groupes financiers sous pression. Ils sont nombreux à devoir vérifier s'ils détiennent des créances à l'égard de Lehman Brothers. Du coup, la méfiance entre institutions financières augmente, ce qui apparaît dans les "spreads" de crédit, soit les différentiels entre les taux des emprunts obligataires des banques et les taux de référence. Ces "spreads" sont passés de 95 points de base vendredi à 132 ce lundi. "Généralement, les variations quotidiennes se limitent à deux ou trois points de base", souligne Bernard Lalière. La confiance des banques entre elles mais aussi des investisseurs envers le secteur financier est donc à nouveau ébranlée. D'autant que Moody's et Fitch ont abaissé de façon drastique leurs notations sur Lehman.

Pour éviter une véritable Bérézina, plusieurs mesures ont été prises. Il en va ainsi de la création d'un fonds anti-faillite par dix grandes banques : les américaines Bank of America, Citibank, Goldman Sachs, JPMorgan Chase, Merrill Lynch et Morgan Stanley, la britannique Barclays, l'allemande Deutsche Bank et les suisses Crédit Suisse et UBS. Ce fonds sera doté de 70 milliards de dollars (50 milliards d'euros). Chacune des banques concernées pourra y puiser en cas de problème de liquidité.

De plus, la Banque centrale européenne et la Fed ont injecté des liquidités sur le marché. La BCE a placé 30 milliards d'euros dans le secteur financier par le biais d'un appel d'offres exceptionnel. La Fed a alloué 70 milliards de dollars (50 milliards d'euros) aux banques. Enfin, last but not least, Merrill Lynch a dû céder aux avances de Bank of America. Montant de l'acquisition : 50 milliards de dollars (35 milliards d'euros). C'est un exemple de l'inévitable consolidation qui attend le secteur financier. Mais le pire est-il à venir ?

Philippe Galloy

© La Libre Belgique 2008

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