Maurice Lippens, du rêve au cauchemar

Le discours virulent à l’égard de la presse et des groupes de pression que Maurice Lippens a prononcé le mardi 9 septembre au Cercle de Lorraine pourrait être sa dernière prestation publique. Car on voit mal comment le président de Fortis pourrait rester en place. Triste fin de carrière…

Maurice Lippens, du rêve au cauchemar
©Alexis Haulot
Ariane van Caloen

Le discours virulent à l’égard de la presse et des groupes de pression que Maurice Lippens a prononcé le mardi 9 septembre au Cercle de Lorraine pourrait être sa dernière prestation publique. Car on voit mal comment le président de Fortis pourrait rester en place. Triste fin de carrière… Il partira sur un terrible échec, pire, sur une catastrophe économique.

Cette chute rappelle une fois de plus que la roche tarpéienne n’est pas loin du Capitole. Car il y a quelques années encore, Maurice Lippens faisait partie des monstres sacrés de l’économie belge. Tout semblait lui réussir. Dès ses études, notamment à la prestigieuse université américaine de Harvard, il a montré qu’il avait de l’ambition. Il aurait pu se contenter de vivre des confortables rentes de la Compagnie du Zoute créée par ses aïeux et surtout active dans l’immobilier. Au lieu de cela, il a préféré travailler pour la compagnie d’assurance AG dont il a pris assez rapidement la tête.

En 1990, il réussit un coup de maître en unissant AG à Amev pour créer le groupe Fortis en 1990. Il a aussi le nez fin en rachetant à l’Etat belge la CGER pour un prix bradé. Il semble aussi sortir victorieux de la terrible bataille pour le rachat de la Générale de Banque en 1998. L’histoire dira toutefois s’il s’agit réellement d’une victoire, car il paie très cher la première et prestigieuse banque du pays. Et l’intégration avec la CGER ne se fait pas facilement.

Il apparaît comme un patron héroïque doublé de civisme quand il participe activement à la création de SN Airlines sur les cendres de la Sabena. Celui qui a été fait comte personnellement par le Roi devient pour ainsi dire un sauveur de l’économie belge. Ce n’est pas un hasard si c’est lui qui est appelé à présider le groupe chargé de rédiger le code de bonne conduite en matière de “corporate gouvernance” (gouvernance d’entreprise).

Maurice Lippens a le vent en poupe. Il est quelqu’un qui voit grand. Pour lui, Fortis doit continuer à grandir. Il cherche des partenaires. En 2003, il approche Dexia qui rejette ses avances. Il apprécie peu. Mais ce n’est que partie remise. Début 2007, la banque d’affaires Merrill Lynch propose à un consortium de banques formé de Fortis, Royal Bank of Scotland et Santander de racheter la banque néerlandaise ABN Amro. Jean-Paul Votron, le CEO de Fortis à l’époque, y voit une occasion rêvée. Visiblement, Maurice Lippens aussi. C’est le début du cauchemar. Le conseil d’administration de Fortis donne son aval pour le rachat notamment des activités “retail” et “asset management” d’ABN Amro pour 24 milliards d’euros. C’est un très, très, très gros morceau.

Ce qu’on ne sait pas avec certitude, c’est si le conseil d’administration se laisse aveugler par le côté “tout va bien” de Jean-Paul Votron ou si c’est l’inverse qui se passe. Votron et l’ex-directeur financier, Gilbert Mittler ont-ils été poussés à faire cette acquisition trop onéreuse par le conseil et en particulier par son président ? Autre question : le conseil, à propos duquel Lippens avait fièrement veillé à ce qu’il soit composé de personnalités prestigieuses comme la patronne de la bourse de Londres, fonctionne-t-il bien ? Cette question est posée avec acuité au moment de l’augmentation de capital et la suppression du dividende annoncées en catastrophe le 26 juin. Le président du conseil, qui avait juré ses grands dieux qu’il ne toucherait jamais au dividende, est une fois pour toutes décrédibilisé.

Lors des séances d’information organisées au mois d’août pour les actionnaires, Maurice Lippens, visiblement fatigué et amaigri, a expliqué qu’il n’était pas un président “exécutif”, cherchant ainsi à se disculper. Il semblait s’accrocher à son poste. Mais pour beaucoup d’observateurs, c’était trop tard…

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