Chaffart : "10 ou 15 ans en arrière"

Ancien patron de la Générale de Banque, Ferdinand Chaffart se dit "attristé" par les événements.Il aurait préféré le scénario d'un rachat par ING ou BNP.

vincent slits
Chaffart : "10 ou 15 ans en arrière"
©BELGA

entretien

Ferdinand Chaffart était à la fin des années 90 patron de la Générale de Banque au moment du rachat de cette dernière par Fortis. Partisan dans un premier temps d'une stratégie d'indépendance, puis d'une alliance avec ABN Amro, il sera alors écarté de la direction de la banque par Maurice Lippens. Son regard sur les événements est évidemment particulier.

Quelles sont vos premières réactions ?

Cela m'attriste. Financièrement d'abord : il y a dix ans, au moment où j'ai quitté la banque, j'ai vendu trois quarts de mes actions. Le quart de mes actions a coté jusqu'à 35 euros alors qu'elles ne valent plus aujourd'hui que... 5 euros. J'avais encore souscrit à la récente augmentation de capital à 15 euros : il est clair que si j'avais été prévoyant, je ne l'aurais pas fait. Mais cela m'attriste surtout pour le groupe qui était devenu au fil des années 90 et de son développement quelque chose de beau et de grand. C'est un coup terrible qui nous fait revenir dix à quinze ans en arrière. Les acquisitions ont coûté très cher et disparaissent aujourd'hui du groupe pour presque rien...

L'Etat belge aux commandes de Fortis Banque, une bonne chose ?

L'Etat belge est intervenu parce qu'il n'avait pas d'autres choix : il était obligé de le faire. Dans ce contexte de crise, cette intervention est une bonne chose pour l'épargnant belge. Et on peut espérer que l'Etat trouvera en tant qu'actionnaire un bénéfice au bout du compte. Mais la Belgique n'en sort pas gagnante pour autant. C'est un nouveau coup porté à l'image de notre pays. Le risque est grand au niveau de nos entreprises. Ce que nous venons de vivre devrait attrister tous les Belges. La Générale de Banque, puis Fortis Banque, ont longtemps été la première banque du pays, un havre de paix pour un épargnant belge sur deux et une multitude d'entreprises. Tout cela est en difficulté aujourd'hui. D'un point de vue personnel, j'étais plutôt favorable aux deux autres scénarios envisagés, soit le rachat de Fortis par ING ou BNP Paribas.

ABN Amro a-t-elle été l'erreur fatale ?

Lorsque le management de Fortis a eu la possibilité de racheter certains actifs d'ABN Amro, ils ont sauté sur l'occasion. Je dois dire que si j'avais été alors président du comité de direction, j'aurais probablement fait de même. Mais le prix payé était alors à son apogée. Et la grande faiblesse de cette opération réside dans le fait que le financement n'était pas betonné au moment de la signature du contrat. Puis les choses se sont dégradées rapidement et Fortis s'est retrouvé dans un marché où il était devenu difficile d'attirer des capitaux et encore davantage de vendre des actifs. La crise financière mondiale a ensuite précipité la chute du groupe. Il est clair que ce qui s'est passé en Belgique va donner à l'Europe des arguments pour aboutir à une meilleure organisation du contrôle du secteur financier au niveau européen. C'est peut-être un élément positif à sortir de cette crise.

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