Fortis : le démantèlement

La presse bruissait samedi de rumeurs sur le sort qui pourrait être désormais réservé au bancassureur belgo-luxembourgeois Fortis, amputé de son "bras" néerlandais après la nationalisation de l'essentiel de ses activités néerlandaises par le gouvernement de La Haye, y compris les actifs d'ABN Amro, pour 16,8 milliards d'euros. Edito: La triste histoire de Fortis Le Congrès américain enterine le plan Paulson Chaffart: "10 ou 15 ans en arrière" Vers notre dossier spécial

Fortis : le démantèlement
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AvC et VdW

La dernière "bombe" est tombée vendredi après-midi dans le monde financier belge. Au terme d'une nouvelle nuit de négociation entre les gouvernements belges, néerlandais et luxembourgeois (l'accord a été conclu à 7 heures du matin...), un nouveau partage du gâteau Fortis est intervenu. Il a été présenté par le Premier ministre, Yves Leterme, et le ministre des Finances, Didier Reynders, vendredi après la clôture de la Bourse. Ainsi, dans le prolongement de l'accord intervenu dimanche dernier sur la montée en puissance des Etats belge, néerlandais et luxembourgeois dans le groupe Fortis, les gouvernements ont redéfini le périmètre d'intervention des Etats.

Cette négociation s'est soldée par la cession, par le groupe Fortis à l'Etat néerlandais, de l'essentiel des activités néerlandaises du groupe, plus spécifiquement Fortis Bank Nederland (holding), y compris ABN-AMRO et Fortis Insurance Netherlands NV.

La transaction porte sur un montant de 16,8 milliards d'euros (et annule la précédente transaction de 4 milliards). Pour le Premier ministre, Yves Leterme, cette opération est de nature à préserver durablement la solvabilité du groupe. Elle s'accompagne, a-t-il souligné, d'une coordination étroite des autorités de contrôle en ce qui concerne l'évolution des positions de liquidités des pôles bancaires dans les pays concernés.

Le gouvernement estime que cette clarification va lui permettre de se concentrer sur les étapes suivantes : le renforcement de la gouvernance et la consolidation de la restauration du climat de confiance que l'on a pu constater au cours des derniers jours.

Le ministre des Finances a précisé que la Belgique poursuivrait le renforcement de Fortis. Cela signifie-t-il que d'autres opérations sont en préparation ? "Nous avançons pas à pas", a précisé le ministre des Finances qui a confirmé que Fortis était désormais une banque belgo-luxembourgeoise.

Après le gouvernement, ce fut au tour, vers 19 heures, de Fortis d'annoncer le deal de la manière la plus brève possible. Le CEO, Filip Dierckx, a lu un texte en trois langues (néerlandais, anglais et puis français) et puis s'en est allé par une porte dérobée. "Fortis reste un groupe qui emploie 45000 personnes et qui compte des millions de clients", a-t-il dit. D'après lui, la vente des actifs aux Pays-Bas va "accroître la position financière du groupe et permettre de croître en dehors de la Belgique". La décision a été prise après avoir regardé "de façon critique notre position sur le marché néerlandais", a-t-il dit.

Pourquoi n'avoir pas voulu répondre aux questions ? Selon certaines sources, le sort de Fortis ne serait pas définitivement scellé. Il est possible que les négociations se poursuivent ce week-end pour aboutir à l'arrivée d'un partenaire européen. On évoque, en coulisses, les noms de la Société générale ou de BNP Paribas. La volonté serait d'aboutir rapidement. Tout dépendra du prix et à défaut d'un accord, la piste d'une nationalisation totale de Fortis ne semblait pas exclue vendredi soir.

Reste à voir qui fait une bonne affaire. Il n'était pas évident d'avoir les commentaires des analystes. Ce qui est sûr, c'est que c'est un gros morceau qui est racheté : il y a la partie bancaire (l'ex-VSB, MeesPierson) mais aussi la partie assurance (l'ex- Amev) aux Pays-Bas. Il y a aussi les actifs d'ABN Amro rachetés par Fortis il y a un an (pour 24 milliards d'euros) sauf, on suppose, les activités de gestion d'actifs qui ont déjà été intégrées. Les Néerlandais ont agi après avoir noté de très importants retraits.

Quant à Fortis, il comprend en Belgique un pôle bancaire (l'ex-Générale de banque, la CGER) et un pôle assurance (l'ex-AG) et quelques actifs à l'étranger, comme la banque turque Disbank. Il y a aussi les véhicules (comme Scaldis) où on trouve du "subprime" qui a déjà nécessité de lourdes provisions.

Concernant le renforcement de la gouvernance, le ministre belge des Finances a précisé que la réflexion se poursuivait. Pour faciliter les négociations au sujet de Fortis, le gouvernement s'est déjà adjoint les services de Herman Daems, actuel président de la GIMV (société flamande d'investissement régionale).

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