Un géant touché par un faisceau de problèmes

Qu'est-ce qui est arrivé à Fortis ? Un spécialiste du secteur bancaire qui a préféré rester dans l'ombre tente d'analyser les causes du séisme actuel. De son point de vue, elles sont multiples.

Patrick Van Campenhout

Qu'est-ce qui est arrivé à Fortis ? Un spécialiste du secteur bancaire qui a préféré rester dans l'ombre tente d'analyser les causes du séisme actuel. De son point de vue, elles sont multiples. "D'abord, je m'interroge sur le principe de cette annonce qui intervient une semaine après le premier accord. J'y vois avant tout une approche en deux temps motivée par l'extrême urgence de la situation de la partie bancaire de Fortis. On n'a pas pu finaliser le plan de sauvetage durant le week-end passé, et il fallait rassurer temporairement le public", nous explique-t-il. Que penser de l'avenir de Fortis après cette scission ? "Tout dépend de beaucoup d'éléments dont on n'a pas encore connaissance. Où vont aller les pertes et les réductions de valeur ? Cette décision n'est-elle qu'une étape avant la poursuite du démembrement ? Le tout dépendant de l'évolution de la crise au niveau global, et de la crédibilité du groupe... On essaie ici de savoir si on a procédé à une amputation ou à un élagage permettant d'imaginer une repousse. En tout cas, si le principe de la masse critique prônée par les dirigeants successifs de Fortis tient la route, on n'est plus dans ce cas de figure".

Incertitude pour l'actionnaire

Quid de la participation des particuliers ? "Ici aussi, tout dépend de leur prix d'achat en Fortis. A 15, à 30 euros ? Et, encore une fois, de savoir dans quelle mesure le cash qui doit rentrer sera absorbé par les pertes et les réductions de valeur. Sinon, rien que la partie bancaire de Fortis Belgique vaut quelque 10 milliards d'euros. Ajoutez à cela les 16,8 milliards payés par les Pays-Bas... Mais on est là dans l'estimation simpliste".

Y a-t-il dans ce scénario catastrophe, comme dans celui de Dexia, le reflet de la perception des décideurs étrangers après la longue crise politique née des tensions communautaires en Belgique ? "On peut se poser la question, et c'est clair que cet élément a pu jouer un rôle. Mais s'il était réellement déterminant, on aurait sans doute assisté à d'autres événements dans d'autres banques comme ING ou KBC". Il y a toutefois des problèmes similaires et des solutions comparables dans les cas de Fortis et de Dexia ? "En effet, et j'y vois les limites des fusions transnationales, donnant naissance à des groupes bicéphales. De même, le principe de fusions d'égal à égal a montré ses limites en période de crise grave. Ici, c'est clair, l'Etat néerlandais a décidé de retirer ses billes et de reprendre le contrôle des entités néerlandaises du groupe. Enfin, on assiste évidemment à l'effondrement d'une stratégie de croissance dont le point d'orgue a été ou aurait dû être l'intégration d'ABN Amro. C'est tout l'édifice construit par les dirigeants du groupe Fortis qui s'effondre".

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