Coordonner le chacun pour soi

Pour tenter d'organiser la résistance européenne face à la crise financière qui fond les banques du Vieux continent, le Français Nicolas Sarkozy, président en exercice de l'Union, avait convoqué en urgence, samedi à Paris, un mini-sommet des dirigeants des grandes économies européennes.

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Pour tenter d'organiser la résistance européenne face à la crise financière qui fond les banques du Vieux continent, le Français Nicolas Sarkozy, président en exercice de l'Union, avait convoqué en urgence, samedi à Paris, un mini-sommet des dirigeants des grandes économies européennes. Le locataire avait envoyé, en début de semaine, un carton d'invitation à l'Allemande Merkel, le Britannique Brown et l'Italien Berlusconi, ainsi qu'aux présidents de la Commission européenne José Manuel Barroso, de la Banque centrale européenne, Jean-Claude Trichet, et de l'Eurogroupe, Jean-Claude Juncker. Une réunion en comité restreint, qui n'a pas eu l'heur de plaire à ceux qui n'y étaient pas conviés.

Paris, Berlin et Londres ont mis sous le boisseau les dissensions apparues en cours de semaine sur la méthode à mettre en œuvre pour secourir les banques en difficulté, sans pour autant dresser un plan de sauvetage européen comparable au Plan Paulson américain. Pas question, donc, de mettre en place un fonds de sauvegarde européen pour renflouer les institutions bancaires à la dérive - on avait prêté à Paris, pendant la semaine, l'intention de déposer cette proposition, information rapidement démentie par l'Elysée.

Autrement dit, chacun continuera à éteindre les incendies qui se propagent sur son territoire comme il l'entend. Mais en veillant à coordonner son action avec celles des autres pompiers européens afin, notamment, de ne pas fausser les règles communautaires de concurrence, dont la Commission veille jalousement au respect.

Appel à la souplesse

Nicolas Sarkozy a toutefois prié l'exécutif européen "de faire preuve de flexibilité dans l'application des règles en matières d'aides d'Etat aux entreprises (plusieurs banques européennes ont été nationalisées en tout ou en partie, ou renflouées par des deniers publics, ce qui, dans certains cas, pourrait contrevenir aux règlements communautaires - NdlR), comme dans les principes du marché unique".

De même, le locataire de l'Elysée a plaidé pour que "l'application du pacte de stabilité et de croissance" (l'instrument à travers lequel Bruxelles de l'orthodoxie budgétaire des Etats membres) reflète "les circonstances exceptionnelles dans lesquelles nous nous trouvons". Le président Barroso a profité de l'occasion pour rappeler que la crise actuelle ne pourrait "être une excuse générale pour dépasser la limite des 3 pc" du PIB autorisé pour le déficit. Le Portugais a reçu l'appui du Premier ministre luxembourgeois Juncker, qui a insisté pour que le pacte soit respecté "dans son intégralité".

S'il est une chose sur laquelle les membres du G4 s'entendent, c'est sur l'absolue nécessité de sauver les banques européennes en péril. Mais gare aux dirigeants d'institutions financières jugés coupables d'imprudence : "En cas de soutien public à une banque en difficulté", chaque Etat membre du G4 "s'engage à ce que les dirigeants qui ont failli soient sanctionnés", a prévenu Sarkozy. Ils ont également réclamé qu'en cas d'intervention des pouvoirs publics, les actionnaires partagent les coûts et assurent la protection des intérêts de leurs concurrents.

Dans la foulée de la proposition faite mercredi par la Commission, les participants à la réunion ont appelé à la "création immédiate d'un collège de superviseurs pour surveiller les institutions financières transfrontalières", et à la constitution d'une cellule de crise qui rassemblerait ces mêmes superviseurs, les banques centrales et les grands argentiers des Vingt-sept. Enfin, il est encore demandé à la Commission de modifier rapidement la classification comptable des actifs afin d'éviter que les banques européennes ne soient pas pénalisées à l'échelle internationale.

Les ministres des Finances de l'Eurogroupe et ceux des Vingt-sept se réuniront à leur tour, ces lundi et mardi à Luxembourg, examineront à la loupe les décisions prises à Paris, et tenteront de dégager une approche commune face à la crise. Pas une mince affaire. Après que l'Irlande a décidé de garantir les dépôts des six plus grandes banques de la verte Erin, suscitant la colère de Londres et de Berlin, c'est... l'Allemagne qui a annoncé son intention de garantir les dépôts des particuliers.

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