L'action Fortis, la bouteille à encre

Pour les actionnaires de Fortis, c'est la bouteille à encre. Bien malin qui pouvait dire vendredi soir si les Néerlandais avaient fait une bonne affaire en rachetant pour près de 17 milliards les actifs aux Pays-Bas et si donc l'actionnaire du groupe est perdant.

AvC

Pour les actionnaires de Fortis, c'est la bouteille à encre. Bien malin qui pouvait dire vendredi soir si les Néerlandais avaient fait une bonne affaire en rachetant pour près de 17 milliards les actifs aux Pays-Bas et si donc l'actionnaire du groupe est perdant.

Déficit de dépôt

Une chose est sûre : Fortis devra comptabiliser une perte sur les actifs d'ABN Amro (retail banking, asset management...) rachetés il y a un an pour 24 milliards. A quel prix ces actifs ont été rachetés par l'Etat néerlandais ? Difficile à dire. Pour de nombreux analystes, cela ne devrait pas dépasser les 10 milliards. D'autant que les activités d'asset management achetées à ABN Amro ont déjà été intégrées au sein de Fortis.

Les Hollandais ont payé au moins 7 milliards pour le reste, à savoir les activités d'assurance aux Pays-Bas qui sont non négligeables (c'est l'ancien Amev) et aussi pour Fortis Bank Nederland, qui est la quatrième banque du pays.

Un des problèmes des activités bancaires aux Pays-Bas, c'est qu'elles affichaient un déficit de dépôts par rapport aux crédits évalué entre 30 et 50 milliards d'euros. A cause de l'assèchement du marché interbancaire, cette somme colossale a dû être financée d'abord par Fortis et ensuite par la Banque nationale de Belgique. D'après "Le Soir", les Néerlandais ont accepté de prendre à leur compte ce financement.

Coupé de sa branche néerlandaise, le groupe Fortis, qui est coté à Bruxelles et à Amsterdam, chapeaute dorénavant les activités bancaires en Belgique et à l'étranger (hors Pays-Bas) ainsi que les activités en assurance en Belgique. Grande question : combien vaut l'assurance ? Aucun analyste n'osait s'aventurer dans un pronostic.

Autre grande question : où sont logés tous les papiers dits toxiques (subprime...). Et quelles provisions supplémentaires faudrait-il faire ? De nouveau, personne n'ose répondre à cette question. Certains analystes ont néanmoins été étonnés d'apprendre il y a une semaine que les provisions (notamment sur le portefeuille de crédits structurés) attendues au troisième trimestre devraient s'élever à 5 milliards d'euros.

Des tas d'autres actifs sont également difficiles à valoriser. On a parlé d'un montant de 1,8 milliard pour Disbank, la banque en Turquie que Fortis a cherché à vendre. Fortis Luxembourg (l'ancienne Banque Générale du Luxembourg) vaudrait aussi un montant considérable. D'autant qu'elle est par excellence une banque de dépôts qui peut alimenter en cash - ce qui vaut cher par les temps qui courent - les autres filiales bancaires et surtout la maison-mère Fortis Banque SA.

Compte tenu de ces différents actifs, était-il normal que l'action Fortis pèse 12,7 milliards d'euros vendredi dernier soit 30 milliards de moins qu'il y a deux ans ? Faut-il l'attribuer à la perte de confiance dont Fortis a fait l'objet sur les marchés ?

C'est clair que la perte de confiance a commencé au moment où le marché s'est rendu compte que le groupe alors présidé par Maurice Lippens avait du mal à financer le rachat d'ABN Amro. A cela se sont ajoutées d'autres mauvaises nouvelles, et en particulier la découverte d'un portefeuille en crédits structurés très importants (plus de 40 milliards d'euros). Or, qui, en cette période de crise financière, peut dire ce que vaut ce portefeuille ?

Plus le temps avançait, plus Fortis a eu du mal à trouver les milliards nécessaires. Après l'augmentation de capital annoncée le 26 juin, Fortis devait encore trouver 4 à 5 milliards pour atteindre un niveau de solvabilité confortable. Mais vendre des actifs ou émettre du papier était quasiment devenu impossible.

Une des mauvaises nouvelles de ces dernières semaines aura été la décision des autorités chinoises de ne pas autoriser l'assureur chinois Ping An à racheter 50 pc de Fortis Investments pour 2,1 milliards. Une décision qui arrangeait bien Ping An, qui a ainsi pu exercer l'option de vente qu'il avait obtenu sans d'ailleurs que Fortis ne le communique aux actionnaires. Ce même Ping An avait acheté 5 pc de titres Fortis. Il a annoncé dimanche qu'il avait provisionné sur ce paquet d'action un montant de 1,7 milliard d'euros.

Proie pour les spéculateurs

Le retrait de Ping An fut quasi concomitant au dépôt de bilan de la banque d'affaires de Lehman Brothers, qui a mis Fortis sous le feu des projecteurs des spéculateurs.

Plus l'action baissait, plus le coût de financement du groupe augmentait. Jusqu'au fameux vendredi 26 septembre, où plus aucune banque ne voulait lui prêter de l'argent.

C'est à ce moment que le gouvernement belge est monté au créneau.

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