"Le conseil a joué à la roulette russe"

L'avocat d'affaires et professeur d'économie à l'UCL Robert Wtterwulghe est réputé pour ne pas avoir sa langue en poche.

V.S.

L'avocat d'affaires et professeur d'économie à l'UCL Robert Wtterwulghe est réputé pour ne pas avoir sa langue en poche.

Pour lui, il est cependant trop tôt pour dire si l'actionnaire de Fortis a été floué, comme le prétendent déjà certaines associations de minoritaires, dans l'opération de rachat de Fortis par la BNP. "Juridiquement, on ne sait pas à ce stade comment l'opération impliquant l'Etat et la BNP a été menée. Nous manquons d'éléments concrets, mais vis-à-vis du marché il y a clairement un problème de manque de transparence et non disponibilité d'une information correcte. Il y a dans cette opération des lacunes graves du point de vue du respect des intérêts des actionnaires. Cela s'explique par l'urgence, la panique et le manque de préparation des autorités qui auraient dû voir venir les événements. Mais en toute hypothèse, le droit des sociétés doit être respecté", explique-t-il, ajoutant que l'on est en droit de se poser des questions "sur le respect de certaines dispositions légales".

Pour Robert Wtterwulghe, "il y a une responsabilité collective du conseil d'administration" dans la débâcle de Fortis. "Un : il y a eu une incontestable légèreté dans la prise de décision. Lors de la dernière augmentation de capital autorisé (NdlR : le 25 juin dernier) , intervenue en catastrophe, seulement trois administrateurs étaient physiquement présents, Maurice Lippens et deux autres. Les autres administrateurs étaient représentés via un mandat. Le mandat de l'administrateur chinois était signé mais... pas daté. Il est incroyable que pour une décision de cette importance, les administrateurs ne prennent pas la peine de se déplacer... Deux : on dit que le conseil n'a rien vu venir. C'est trop facile : des décisions de gestion posent clairement question. Donner son feu vert au rachat d'ABN Amro, une opération de 24 milliards d'euros, sans savoir comment financer cette opération, revient à jouer à la roulette russe en appuyant le canon sur la tempe d'un autre, en l'occurrence l'actionnaire."

Mais Robert Wtterwulgue insiste : cette responsabilité est "collective". "Il est trop facile maintenant de tirer sur Maurice Lippens et lui seul. C'est l'ensemble du conseil qui a pris certaines décisions. Les administrateurs n'ont pas à être des "béni-oui-oui" ou des courtisans : ils doivent assumer leur rôle."

L'avocat d'affaires pointe aussi une communication dans le chef de Fortis dont "tout porte à croire qu'elle ne collait pas avec la réalité des faits". Et parle de "constat d'échec" pour la Commission bancaire, financière et des assurances (CBFA) qui devrait, selon lui, "être dépolitisée".

Robert Wtterwulghe répondra ce mardi entre 12h et 13h aux questions des internautes sur lalibre.be

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