"Une excellente affaire pour la BNP"

Pour Hervé Alexandre (Paris-Dauphine), le rachat de Fortis a notamment été rendu possible par la proximité belgo-française.

BERNARD DELATTRE

ENTRETIEN

CORRESPONDANT PERMANENT à PARIS

Professeur de sciences de gestion à l'université Paris-Dauphine, Hervé Alexandre décrypte l'opération Fortis - BNP Paribas.

Le connaisseur du monde bancaire français que vous êtes a-t-il été surpris par l'annonce de ce rachat ?

Pas le moins du monde. Cette opération est doublement logique. D'une part, elle s'insère dans le mouvement global actuel qui voit des banques de dépôt faire leur marché auprès des banques d'investissement en train de faire faillite. D'autre part, cette transaction est cohérente par rapport à la première offre de rachat qu'avait récemment faite la BNP Paribas, avant la nationalisation de Fortis.

Quel est l'intérêt des deux parties dans cet accord ?

Fortis évite la faillite pure et simple. La BNP Paribas, elle, a réalisé une excellente opération. Non seulement elle a racheté au quart de sa valeur une banque qui, il n'y a pas si longtemps, était considérée comme très performante - ce qui fait d'elle à présent la première banque de dépôts de la zone euro. Mais, en plus, elle est parvenue à ce que tous les actifs pourris de Fortis soient regroupés dans une structure spéciale et annexe, de laquelle elle ne détiendra que 10 pc.

Pourquoi est-ce la BNP Paribas, et pas une autre banque française, qui a racheté Fortis ?

Parce que la BNP Paribas est une des rares banques qui s'en sort bien en France et en Europe, depuis un an. Sans doute parce qu'elle est mieux gérée que les autres. La gestion du risque y est plus centralisée et est donc meilleure.

Dans le monde bancaire français, aucune autre institution n'aurait pu se lancer dans cette opération. Le Crédit Agricole est fragilisé par sa banque d'investissement Calyon. La Caisse d'Epargne et les banques Populaires sont coincées par les déboires de leurs filiales Natixis et Nexity, victimes de la crise américaine. Le Crédit Mutuel, qui a beaucoup investi en Allemagne, n'a plus de cash. Et la Société Générale commence seulement à se remettre de l'"affaire Kerviel".

La proximité géographique et culturelle entre la France et la Belgique a-t-elle pu contribuer à cette opération ?

Sans doute. Entre les mondes bancaires français et belge, il y a toujours eu une proximité dans la culture d'entreprise, la perception du métier et l'analyse du risque. Les capitalismes français et belges sont un peu structurés de la même manière : autour de grandes familles, par exemple. On retrouve aussi en Belgique, et chez Fortis, un peu du modèle de la banque universelle à la française : à la fois banque commerciale, de marché et d'investissement - un modèle d'une grande stabilité puisque le risque y est diversifié.

Cette proximité explique le peu de remous créé en France par le fait, pourtant historique, que désormais, c'est l'Etat belge qui est le premier actionnaire de la première banque française : la BNP Paribas ?

En effet. C'est pourtant un changement énorme pour la France, pays qui a si longtemps surprotégé ses banques, notamment contre les rachats par des banques étrangères. La proximité entre la France et la Belgique a sans doute facilité l'acceptation de cette évolution historique. Les choses ne se seraient pas passées aussi facilement dans un cas de figure à la Arcelor Mittal : si le premier actionnaire de la première banque française avait été indien ou coréen...

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