Crise bancaire : où est l'Europe ?

Le système bancaire international est ébranlé, de grandes banques européennes vacillent, les épargnants ne sont plus très loin de céder à la panique mais chers citoyens européens, vous pouvez dormir sur vos deux oreilles... Car l'Europe a pris les choses en main. Et croyez-moi, vous n'avez plus rien à craindre.

Par Vincent Slits

Le système bancaire international est ébranlé, de grandes banques européennes vacillent, les épargnants ne sont plus très loin de céder à la panique mais chers citoyens européens, vous pouvez dormir sur vos deux oreilles... Car l'Europe a pris les choses en main. Et croyez-moi, vous n'avez plus rien à craindre.

Malheureusement, ceci n'était qu'une fiction. De la pure fiction. Car la réalité est, elle, toute différente et démontre, une nouvelle fois, l'incapacité chronique de l'Europe à dépasser ses propres divisions. A s'incarner aux yeux du citoyen dans ce qui, de l'aveu de plus d'un observateur averti, pourrait constituer la plus grave crise économico-financière depuis celle des années 30, de sinistre mémoire.

Alors que l'on attend d'elle des réponses fortes, une volonté politique sans faille, des mesures à l'échelle européenne et à la hauteur du danger qui menace l'économie et l'emploi - le tout de manière concertée - l'Europe dégage sinon une impression d'immobilisme, en tout cas celle d'une absence totale de vision sur la manière d'amortir le choc de cette crise et d'en limiter les dégâts. Au contraire, on a le sentiment que cette crise, au fur et à mesure de son aggravation, exacerbe encore le règne du "chacun pour soi", stimule les égoïsmes nationaux. Plusieurs hauts dirigeants européens se sont illustrés ces derniers jours dans la discipline. La palme revient incontestablement au ministre néerlandais des Finances Wouter Bos, dont les déclarations irresponsables sur Fortis Banque auront fait le bonheur d'une BNP Paribas, en position de force par rapport au gouvernement. D'autres dirigeants, comme Angela Merkel en Allemagne, se montrent très prompts dès lors qu'il s'agit de faire la leçon aux autres avant finalement d'appliquer les mêmes recettes dans leurs propres pays.

Tout au plus, l'Europe est parvenue hier péniblement à un consensus - le plus petit dénominateur commun -, soit une harmonisation de la protection bancaire minimum des épargnants dans les pays de l'Union. C'est peu, trop peu. L'urgence commande un sursaut.

En attendant, les spéculateurs, eux, ne s'y trompent pas. Depuis le début de cette crise, l'euro est attaqué comme jamais. Et dire que si la Banque centrale européenne et l'euro n'existaient pas, la situation serait plus dramatique encore...