Dehaene, la patte du plombier

L'ex-Premier ministre "belche" est encore de retour. Cette fois pour présider le groupe Dexia.Pas besoin de dire ce qu'est un conseil d'administration à celui qui en est devenu un collectionneur.

Dehaene, la patte du plombier
©AP
paul piret

portrait

Avis à la population mondialisée. Ce n'est pas un pincé, un policé, un précieux qui préside désormais le conseil d'administration de Dexia, à 68 ans et pile 2 mois. C'est un rude, un rusé, un rugueux que l'on a revu revenir avec cette bouille, cette rusticité, ces longs soupirs ponctués de regards au plafond, ces enjambées décidées et chaloupées qui sont sa marque sinon sa gloire. "Bon, tout le monde est servi ?", trouva-t-il même à se décoincer très nature, mardi soir, en fin de conférence de presse...

Jean-Luc Dehaene, c'est son nom, n'est pas non plus un inactif sorti du formol. Après sa vilaine chute - politique, s'entend - de juin 1999 (c'était il y a si longtemps, ce fut un autre millénaire), le Zorro-bulldozer-taureau de ce curieux pays, ce plombier-démineur-dépanneur de ses farces et attrapes institutionnelles n'aura jamais pris ses invalides. Parce que se lamenter n'est pas le genre de la maison; parce que rebondir est la force de tout viscéral pragmatique, ce qu'il est jusqu'au plus rond des bajoues et jusqu'au bout des pattes.

Pas tellement sur la scène politique qui n'est plus sa tasse de thé - pardon, sa double Duvel de derrière les vestiaires du FC Bruges (que sponsorise Dexia). Hormis un maïorat à Vilvorde, le temps de flamandiser hélas avec des collègues de la périphérie. Hormis aussi, plus récemment, une brève mission de médiateur en début de pourrissement de l'orange bleue (on s'amuse assez à entendre aujourd'hui Yves Leterme lui tresser des lauriers, lui qui aura si vite, trop vite, bouté dehors celui dont il jalousa alors l'entregent).

Non, sa reconversion fut européenne, pour se taper cette feue constitution dans l'assemblage le plus improbable, le moins assorti, avec le délicat Giscard d'Estaing.

Elle fut surtout, nous y voici, économique. Sitôt sorti du Seize, l'ex-Premier ministre s'enfila des conseils d'administration comme pour entrer au Guiness book; et ce n'était pas de la bibine : InBev, Domo, Corona Lotus, Telindus, Umicore, Thrombogenics... Histoire de rattraper le temps perdu dans nos drôles de sociétés qui rétribuent moins les plus hautes fonctions publiques que le secteur privé. Histoire aussi, bien plus courante aux Etats-Unis que dans la vieille Europe, de davantage associer l'entrepreneur et le politique, chacun avec ses règles, éclairages et réseaux.

Posture flatteuse ou quasi triviale, boulimique voire avide ? Il n'en a cure. Pas plus qu'il ne se souciera de souvenirs aujourd'hui cuisants, du temps où il présida une société-satellite de Leernout et Hauspie pour en vanter et vendre les mérites à l'étranger. Quel Flamand en vue, il est vrai, ne fut pas ébloui par les anges aujourd'hui déchus de la haute technologie nordiste ? C'est dit, "je ne me prends jamais au sérieux". Autre aveu dehaenien pour la route, à l'adresse de tous les pisse-vinaigre : "Le protocole, je m'en fous".

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