Dexia demeure fragile

A peine nommés à la tête de Dexia, le nouveau CEO, Pierre Mariani, et le nouveau président, Jean-Luc Dehaene, ont improvisé mardi en fin d'après-midi une conférence de presse dans la tour Dexia à Bruxelles.

Dexia demeure fragile
©Christophe Bortels
Avc et Ph. Law.

A peine nommés à la tête de Dexia, le nouveau CEO, Pierre Mariani, et le nouveau président, Jean-Luc Dehaene, ont improvisé mardi en fin d'après-midi une conférence de presse dans la tour Dexia à Bruxelles. "Je suis certain que nous allons pouvoir définir dans les jours qui viennent, avec l'urgence qui convient, les mesures qui permettront la pérennité du groupe", a dit le Français Pierre Mariani. "Nous sommes conscients que nous devrons travailler rapidement, avec le soutien des actionnaires, pour formuler une réponse adéquate aux difficultés que nous rencontrons", a renchéri l'ex-Premier ministre Jean-Luc Dehaene. L'objectif est donc de rassurer les épargnants, les clients et le marché. Mais c'est aussi la preuve que, malgré les 6,4 milliards d'euros d'augmentation de capital, Dexia n'est pas encore sorti de l'ornière. Le Premier ministre Yves Leterme a aussi apporté sa contribution sur RTL-TVI. "Nous assumerons nos responsabilités, comme nous l'avons fait avec Fortis. Par dessus tout, il faut dire aux gens de rester calme. Il n'y a absolument aucune raison de retirer les dépôts. Dexia est une banque saine", a-t-il martelé.

Mais, selon nos informations, les problèmes de liquidités de Dexia sont tels que le groupe ne peut tenir que quelques jours encore. Les administrateurs ont examiné la situation hier à 14h lors d'une énième réunion. Dexia disposerait encore de lignes de crédits notamment auprès de la Fed (USA) et jouit encore de la confiance de la Banque nationale (BNB), ainsi que de la Banque centrale française. Mais plusieurs banques ont déjà fermé le robinet. Or la banque doit faire face à des créances qui s'effondrent et à la demande de communes voulant obtenir leurs crédits. Face à la situation, des administrateurs exigent une rencontre d'urgence avec la nouvelle direction pour connaître rapidement l'orientation qu'elle entend donner à la banque. Pierre Mariani aurait rencontré dès hier après-midi le comité de direction pour un premier contact.

Dexia écrit à ses clients

La banque tente de rassurer ses clients en s'adressant directement à eux. Stefaan Decraene, président du comité de direction de Dexia Banque Belgique leur a envoyé une lettre. "Dexia reçoit une importante injection de capital de 6,4 milliards d'euros qui renforce considérablement notre assise financière. Ceci est important pour vous en tant que client. Je tiens à vous dire que ces apports augmentent la solvabilité et font de Dexia une des banques les mieux capitalisées en Europe", écrit-il.

En attendant, l'éviction d'Axel Miller apparaît en tout cas comme une terrible injustice dans le camp belge où on a le sentiment que seuls les Belges vont payer la note. C'est d'autant plus mal ressenti qu'Axel Miller n'a fait qu'hériter d'une situation voulue par les Français. En effet, le réhausseur américain de crédit FSA, à l'origine de tous les problèmes de Dexia, était une filiale du Crédit local de France dirigée par Jacques Guerber, qui est aussi vice-président du groupe. C'est aussi lui (avec d'autres collègues français) qui était à la manœuvre avec l'ex-président du conseil d'administration, le Français Pierre Richard, lors du rachat de FSA en 2000. Son camp est tout choisi : il est, paraît-il, à la botte de CDC, le bras financier de l'Etat français, également actionnaire de Dexia. Ce qui pourrait lui valoir des appuis. Car, alors que Pierre Richard a dû démissionner, Jacques Guerber, lui, est toujours en place. Son nom avait même été évoqué un moment pour remplacer Axel Miller...

Le malaise entre les Français et les Belges touche aussi la stratégie générale du groupe. Les Belges auraient tenté de changer le business model de Dexia en en faisant davantage une banque de détail. Mais les Français n'auraient rien voulu entendre.

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