Fortis : le calcul caché de l'Etat

Ils sont nombreux à penser, surtout parmi les actionnaires de Fortis, que payer 11 milliards pour s'approprier Fortis Banque - c'est la valorisation obtenue par BNP Paribas pour avoir une participation de 75 pc - ce n'est vraiment pas un montant très élevé. Fortis Banque ne compte pas seulement des millions de clients en Belgique mais contrôle des activités rentables comme l'"asset management" (gestion d'actifs) ou encore des banques à l'étranger comme Disbank (la banque turque).

Fortis : le calcul caché de l'Etat
©BELGA
Ariane van Caloen

Ils sont nombreux à penser, surtout parmi les actionnaires de Fortis, que payer 11 milliards pour s'approprier Fortis Banque - c'est la valorisation obtenue par BNP Paribas pour avoir une participation de 75 pc - ce n'est vraiment pas un montant très élevé. Fortis Banque ne compte pas seulement des millions de clients en Belgique mais contrôle des activités rentables comme l'"asset management" (gestion d'actifs) ou encore des banques à l'étranger comme Disbank (la banque turque).

Ce montant peut paraître d'autant plus aléatoire qu'il est lié aux statuts de Fortis Banque, ex-filiale à quasi 100 pc de Fortis. Le montant maximum pour l'utilisation du capital autorisé(1) est en effet de 4,690 milliards d'euros.

Revenons sur les circonstances de cette opération et des conséquences qu'elle a eues. Le vendredi 26 septembre, Fortis se trouve au bord du gouffre. A cause de sa chute boursière sur fond de rumeurs de problème de solvabilité, toutes les banques ont coupé leurs lignes de crédit. Il faut donc d'urgence de l'argent. La direction de Fortis appelle le gouvernement Leterme à l'aide. Comment faire ? Une augmentation de capital au niveau de Fortis, la société cotée en bourse, devrait obligatoirement passer par une assemblée. Impossible. Car il y a urgence. L'armée d'avocats examine les possibilités au niveau de la filiale Fortis Banque. C'est tout trouvé. Les administrateurs de la société sont convoqués pendant le week-end à des réunions par téléphone. Il y a beaucoup de monde dans ce conseil dont Herman Verwilst, l'ex-CEO ad interim et Gilbert Mittler, l'ex-CFO (Chief Financial Officer). Il y a aussi des administrateurs indépendants comme Luc Vansteenkiste (Recticel) ou Jean Stephenne (Glaxo Smithkline). Les avis sont unanimes pour dire qu'il faut absolument résoudre le problème de liquidité pour permettre à la banque de fonctionner.

Et pourquoi 49 pc pour 4,7 milliards ? On peut imaginer qu'il valait mieux 49 que 51 pc, un pourcentage qui aurait été considéré comme une prise de contrôle évidente et donc une nationalisation.

Lors de la deuxième opération, la vente des activités néerlandaises de Fortis à l'Etat néerlandais, c'est le conseil d'administration de Fortis qui était en première ligne. Mais on raconte qu'il n'a pas eu d'autre choix que d'entériner une opération proposée par le gouvernement.

Dernier acte : la vente de l'essentiel des actifs qui restaient dans Fortis (assurance + banque) à BNP Paribas. Là aussi, c'est le conseil de Fortis qui est responsable mais une fois de plus téléguidé par le gouvernement. Pouvait-il agir de la sorte ? Filip Dierckx a invoqué lundi un "cas d'extrême urgence".

(1) Le capital autorisé permet au conseil d'administration d'augmenter le capital sans passer par une assemblée.

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