La BNB n'a été appelée à la rescousse que le 26 septembre

Présent jeudi dernier à Francfort pour la réunion de la Banque centrale européenne (BCE), Guy Quaden n'avait pu répondre à l'invitation de la Commission des Finances du Sénat, laquelle avait prévu d'auditionner différents acteurs de premier plan de la crise bancaire. Le gouverneur de la BNB s'est rattrapé hier, en consacrant près de trois heures aux sénateurs - rejoints par les députés - de ladite commission.

Pierre-François Lovens

Présent jeudi dernier à Francfort pour la réunion de la Banque centrale européenne (BCE), Guy Quaden n'avait pu répondre à l'invitation de la Commission des Finances du Sénat, laquelle avait prévu d'auditionner différents acteurs de premier plan de la crise bancaire. Le gouverneur de la BNB s'est rattrapé hier, en consacrant près de trois heures aux sénateurs - rejoints par les députés - de ladite commission.

Fidèle à son ton professoral d'économiste chevronné, mais aussi à la prudence qui caractérise les banquiers centraux, M.Quaden a livré sa vision d'une crise belgo-européenne "qui est loin d'être terminée". Et même si les choses vont aujourd'hui mieux pour Fortis, le gouverneur de la BNB a insisté sur le fait qu'"aucune banque (NdlR : belge et étrangère) peut dire qu'elle est totalement immunisée" en raison des "microbes qui circulent dans le système bancaire" international.

Le gouverneur est revenu sur la descente aux enfers du groupe Fortis et les difficultés de Dexia, deux banques "dont la solvabilité ne posait pas question, mais qui étaient entourées d'un certain nombre éléments de faiblesses". Les deux banques ont été "attaquées" à une vitesse inouïe, constate le gouverneur. "La Banque nationale a été avertie le 26 septembre (NdlR : soit le vendredi précédant la première étape du sauvetage de Fortis) par le président de la CBFA (NdlR : Commission bancaire, financière et des assurances, dirigée par Jean-Paul Servais) que le groupe Fortis était confronté à des difficultés dramatiques". En clair, Fortis s'est retrouvée le 26 septembre face à une fermeture de toutes ses lignes de crédit auprès des autres banques. Asphyxiée, donc.

Après concertation avec la CBFA, et accord de la BCE, la Banque nationale a alors dû jouer son rôle de "prêteur en dernier ressort" en montant une opération de sauvetage de Fortis "qui restera dans l'histoire financière belge, et même européenne, comme l'une des plus exceptionnelles". En quelques heures, la BNB a en effet accordé des lignes de crédit tout à fait exceptionnelles - on parle d'une quarantaine de milliards d'euros ! - à Fortis afin que le bancassureur évite la faillite. Quelques jours plus tard, la BNB menait une opération du même type, "mais de moindre ampleur", pour Dexia.

Guy Quaden, assailli de questions, n'en dira pas plus sur les modalités du soutien apporté par la BNB à Fortis et Dexia. Même discrétion sur le contrôle prudentiel des banques : "Ce n'est pas encore le moment de lancer le débat sur les services d'incendie alors que les maisons sont toujours en feu. Il faut d'abord se sortir du guêpier actuel", a-t-il dit, tout en se déclarant favorable à plus de régulation des marchés et de coopération entre les organes de contrôle au niveau national et européen (voire à la création d'une institution européenne en matière de contrôle prudentiel des banques).

On retiendra enfin, même si ce n'est pas une surprise, le pessimisme de M.Quaden quant à l'impact de la crise financière sur la conjoncture économique. "Depuis le mois dernier, le monde a changé. Toutes les projections économiques sont devenues obsolètes. On est face à un problème majeur de confiance des investisseurs et des consommateurs." La Banque nationale ne publiera de nouvelles prévisions de croissance pour l'économie belge qu'en décembre. Mais M.Quaden avertit déjà : "Mon avis est le suivant : la croissance belge sera inférieure à 1 pc en 2009."