Pierre Nothomb : "Pas d'amalgame Fortis/Dexia !"

Pierre Nothomb (Deminor) a assisté aux événements malheureux de ces dernières semaines, avec le départ des dirigeants des deux groupes financiers Fortis et Dexia. Il a représenté des actionnaires minoritaires mécontents de la gestion du groupe Fortis, ou à tout le moins de la manière dont on agissait sans les consulter. A ce titre, il a pu observer aussi les deux scénarios sous l'angle du défenseur de l'actionnaire.

Patrick van Campenhout

Pierre Nothomb (Deminor) a assisté aux événements malheureux de ces dernières semaines, avec le départ des dirigeants des deux groupes financiers Fortis et Dexia. Il a représenté des actionnaires minoritaires mécontents de la gestion du groupe Fortis, ou à tout le moins de la manière dont on agissait sans les consulter. A ce titre, il a pu observer aussi les deux scénarios sous l'angle du défenseur de l'actionnaire.

N'avez-vous pas le sentiment que l'on fait maintenant un amalgame au niveau des responsabilités des dirigeants de ces deux groupes ?

En effet, on compare actuellement deux options de communication fondamentalement différentes. Depuis le début de cette année, le management de Fortis a fait preuve de manquements graves dans sa communication en masquant la réalité. Cette politique du "Tout va bien", a été maintenue jusqu'au moment où l'Etat a été forcé d'intervenir pour régler le problème en une semaine, avec les dégâts collatéraux que l'on sait.

Par contre, nous avons été étonnés depuis le début de cette crise de la volonté de transparence du management de Dexia. Axel Miller a dit rapidement que sa visibilité était extrêmement réduite et que l'on était entré dans une crise financière qui allait s'aggraver au moins jusqu'en 2009.

Mais au final, les dirigeants des deux groupes ont été débarqués de la même manière, sauf en ce qui concerne les parachutes dorés...

Oui, mais laissons de côté ces parachutes dorés : ils sont inconvenants pour des dirigeants dont l'entreprise est en difficulté, et ils sont de toute manière indécents. Ici, toutefois, je trouve très choquant que les Français demandent le départ du patron belge pour le remplacer par un Français.

Pour quelle raison ?

Tout simplement parce que les "misères" que Miller a eues à gérer provenaient du management français, de la période Pierre Richard, avec l'acquisition d'Artesia qui a fait rentrer Dexia dans le procès Lernout&Hauspie, par l'acquisition de Kempen et de Labouchère qui ont causé des procès retentissants dans lesquels a été plongée Dexia. Et pour parfaire le tout, l'acquisition de FSA aux Etats-Unis, qui est finalement la seule exposition de Dexia à la crise du subprime.

Les reproches que l'on peut faire, et les éventuels procès en responsabilité qui pourraient découler des interrogations des actionnaires et des politiques seront donc basés sur des reproches différents ?

Absolument, sauf bien sûr si l'on nous a caché des choses, si l'on devait découvrir des cadavres dans les placards de Dexia. On n'en est pas là.

L'affaire Dexia et le débarquement d'Axel Miller sentent le coup de force d'après vous ?

On peut se poser la question sur base des faits, et, pour la suite, compter sur la solidité et la fermeté de Jean-Luc Dehaene, mais s'il a déjà bataillé ferme, que penser de son expérience de la banque ?

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