Au beau milieu de la crise, l'émergence de banques "refuges"

Y a-t-il, au cœur de la crise, des banques "refuges" qui accueillent les clients trop inquiets pour laisser leurs avoirs chez Dexia et Fortis ? Le malheur des uns sert-il les intérêts des autres ?

Olivier Standaert

Y a-t-il, au cœur de la crise, des banques "refuges" qui accueillent les clients trop inquiets pour laisser leurs avoirs chez Dexia et Fortis ? Le malheur des uns sert-il les intérêts des autres ?

La Banque Nationale de Belgique n'est pas encore à même de chiffrer précisément les mouvements d'argent à l'échelle nationale au cours de la dernière quinzaine. Les chiffres récents de certaines banques mettent toutefois en lumière un phénomène de mouvements hors norme. Ainsi, Keytrade a ouvert "200 comptes sur la seule journée de mercredi, soit notre record sur un si court laps de temps", précise Thibault de Barsy, directeur commercial. Ce pic s'inscrit dans une courbe positive plus large : la progression de la banque remonte déjà au début de l'année. Certains facteurs liés au contexte actuel jouent en sa faveur. Outre l'attractivité de certains de ses produits, son financement ne dépend pas du marché interbancaire et elle relève à 100 pc du système belge, notamment en termes de garanties. "Vu le contexte, ce sont des arguments qui ne laissent pas indifférent", note Thibault de Barsy.

La Deutsche Bank SA, dont toutes les agences dépendent du droit belge, traverse elle aussi une conjoncture positive. Actuellement, elle enregistre quelque 800 nouvelles relations chaque jour. "Notre banque encaisse beaucoup moins de stress que d'autres en ce moment", confirme Hans Marien, porte-parole. A l'instar de Keytrade, la montée en puissance de la Deutsche Bank est bien antérieure à la crise actuelle : "De 150 000 clients en mai 2007, nous sommes passés à 275 000 actuellement", continue Hans Marien. Alors qu'elle était la neuvième institution du pays sur l'encours des comptes d'épargne, la Deutsche Bank a fait un bond de trois places, et truste actuellement la sixième position. Explications ? Le lancement du package gratuit "DB Max" en mai 2007. Il offre notamment un compte à vue crédité de 4 pc brut, symbole d'une stratégie "plaçant le client au cœur des préoccupations. Notre devise est d'offrir un plus par rapport aux grandes banques", poursuit Hans Marien. Pour autant, DB refuse catégoriquement de jouer sur l'inquiétude ambiante pour attirer des clients voulant fuir leur banque. "Ce serait immoral par rapport à la concurrence. Nous expliquons à ceux qui viennent chez nous par panique que c'est un mauvais choix."

Chez ING, on affirme également endosser de plus en plus le rôle de "banque refuge". Tant les call centers que les agences accomplissent un gros travail de communication et d'information. "Il y a 30 à 40 pc de questions en plus que d'habitude", estime Ilse De Muyer, porte-parole. Qui insiste sur toute l'importance d'une communication prudente en ces temps mouvementés.

© La Libre Belgique 2008

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