Dexia : la nuit blanche

Mercredi. Journée décisive donc pour Dexia. Une course contre la montre pour tous les acteurs du dossier pour éviter que le groupe bancaire belgo-français, confronté aux problèmes de liquidités, ne sombre complètement et que la situation devienne irrécupérable.

Ph. Law.

Mercredi. Journée décisive donc pour Dexia. Une course contre la montre pour tous les acteurs du dossier pour éviter que le groupe bancaire belgo-français, confronté aux problèmes de liquidités, ne sombre complètement et que la situation devienne irrécupérable. Il faut dire que malgré l'injection des 6,4 milliards d'euros par la Belgique et la France, le cours de bourse perdait encore des plumes mercredi. De plus, les épargnants et les clients de la banque commencent tout doucement à retirer leurs avoirs et il faut stopper le mouvement en posant un geste fort. Aussi, à peine nommés, le CEO Pierre Mariani et le président du conseil d'administration Jean-Luc Dehaene ont pris leur bâton de pèlerin pour rencontrer les actionnaires et les autorités pour trouver une solution.

C'est aux alentours de 18h30 qu'ils arrivent au 16 rue de la Loi chez le Premier ministre Yves Leterme pour présenter l'état de la situation de Dexia. A l'accueil, le locataire des lieux et les vice-premiers. Il s'en est suivi quelques heures de discussions au cours desquelles les parties se rendent compte de la situation "sérieuse" dans laquelle se trouve Dexia. Mais entre-temps, les autorités flamandes font savoir qu'elles examineront la situation de Dexia au sein du gouvernement flamand prenant de cours les autres acteurs. "Les Flamands ont vraiment foutu le bordel dans le dossier. Ils ont voulu exister à travers le dossier par leur manœuvre. Tout le monde savait que les Belges, Français et luxembourgeois se réunissaient pour examiner et nous tiendraient au courant. On savait aussi que les Régions ne seraient pas sollicitées, puisque nous avons déjà participé à l'augmentation du capital", nous confie une source francophone proche du dossier.

Le fédéral interrompra les discussions avec la nouvelle direction de Dexia pour une séance de négociation sur le budget. Histoire de s'occuper aussi des affaires belges. Mais en raison de l'urgence de la situation de Dexia, les différents acteurs y reviennent rapidement en présence Mariani et Dehaene. Aux alentours de 19h30, les autorités régionales sont informées par téléphone qu'elles sont invitées à une réunion au Lambermont au chevet du groupe belgo-français.

Le veto français

Mais le gouvernement flamand qui s'était réuni avec des représentants du holding Arcofin, actionnaire de Dexia, avait déjà son plan : injecter 2 milliards d'euros dans Dexia en rachetant des actions.

A leur arrivée, les Régions emmenées par les ministres-Présidents respectifs (Kris Peeters pour la Flandre, Rudy Demotte pour la Wallonie et Charles Picqué pour Bruxelles) ont dû poireauter pendant des heures avant que la réunion, une sorte de plénière ne commence vers 23 heures. "Autour de la table, on était environ 30 personnes, comment voulez-vous qu'on trouve une solution", nous glisse un interlocuteur. Entre-temps, les Français sont arrivés peu avant 21 heures, "avec une armée de juristes et de banquiers".

Les discussions reprennent sur les solutions. L'idée d'opter pour une garantie publique à Dexia est déjà sur la table avec pour corollaire l'isolement de la filiale américaine dans une structure unique. "Cela aurait permis d'améliorer l'image de Dexia puisque c'est principalement les problèmes de FSA (filiale du Crédit local de France) qui plombent Dexia",nous a raconté un négociateur. Mais pas de bol. Les Français s'y opposent. "Question de principe et pour éviter de créer un précédent", explique un autre interlocuteur.

Mais l'heure avance et il faut trouver une solution avant l'ouverture des bourses européennes (Paris, Bruxelles). "Mariani et Dehaene ont été impeccables", commente un ministre fédéral. L'option définitive tombera après des heures de discussion : la garantie des trois pays à Dexia. "Il était temps de calmer les choses, mais il y aura sûrement une prochaine étape", conclut une source qui a vécu les discussions de l'intérieur.

© La Libre Belgique 2008

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