Les communes dans le flou, pas forcément dans la dèche

Son ancienne appellation de Crédit communal ne mentait pas, Dexia est historiquement le banquier privilégié des pouvoirs locaux. Cette singularité joue doublement : les communes en sont à la fois actionnaires et (quoiqu'en proportion en baisse) clientes. C'est à ce double titre qu'il faut imaginer les conséquences possibles des derniers événements.

Paul Piret

Son ancienne appellation de Crédit communal ne mentait pas, Dexia est historiquement le banquier privilégié des pouvoirs locaux. Cette singularité joue doublement : les communes en sont à la fois actionnaires et (quoiqu'en proportion en baisse) clientes. C'est à ce double titre qu'il faut imaginer les conséquences possibles des derniers événements.

On peut aujourd'hui passer assez vite sur le second élément. Certes, Dexia détient quelque 80 pc du marché du financement des communes belges (ce fut jusque naguère un monopole). Mais, d'une part, les décisions prises devraient dégeler les flux interbancaires et garantir par là les capacités de crédit du banquier; et d'autre part, les conditions de son crédit seront redevables d'une évolution bien plus large du paysage financier international.

Restons-en donc à l'actionnariat des pouvoirs locaux dans Dexia, via le Holding communal. C'est là une SA que détiennent à 100 pc toutes les provinces et communes belges à raison de 44 pc en Flandre, 36,6 pc en Wallonie et 19,4 pc pour les communes bruxelloises. Hainaut et Liège sont les provinces les plus dotées d'actions; les dix villes et communes dans le même cas sont par ordre décroissant Anvers, Charleroi, Schaerbeek, Anderlecht, Liège, Ostende, Bruxelles, Ixelles, Seraing et Gand.

105 millions en 2007

Ce n'est pas rien : les dividendes versés par le Holding aux pouvoirs locaux ont atteint 70 millions pour l'exercice 2004, 80 millions pour 2005 (+ 15 pc), 94 millions pour 2006 (+ 17 pc) et 105 millions pour 2007 (+ 11 pc, à 300 euros l'action).

Avec les décisions de fin septembre, le Holding communal a vu sa part diminuer dans Dexia (de 17 à 14 pc), tout en participant à sa recapitalisation (pour 500 millions). Et donc ? D'abord, quant à cette recapitalisation, le Holding a puisé dans ses fonds propres; les pouvoirs locaux n'ont donc pas dû sortir de l'argent. Ensuite, quant aux dividendes à venir, ils sont comme les résultats de l'exercice en cours dont ils seront redevables : fort imprévisibles - au moment même où la confection des budgets 2009 doit battre son plein...

Relatif mais variable

Or, les échos vont dans tous les sens. Quand tel bourgmestre Thielemans (Bruxelles) fait inscrire au budget 2009 la même rentrée qu'en 2008, tel échevin Schroyen (à Liège) n'exclut pas de ne rien recevoir - dans les 3 millions pour l'un et l'autre. Au moins sera-t-il téméraire d'espérer davantage sur ce poste, alors que la circulaire budgétaire en Région wallonne envoyée récemment aux communes tablait sur une croissance de 8 pc. Cela étant, le Holding pourrait faire un geste via ses bénéfices réservés précisément pour compenser une année plus difficile; ils atteignaient avant recapitalisation 229 euros par action, contre 32 euros fin 2001.

Si un moindre dividende il y a, cela tombera mal pour les édiles (...et potentiellement les contribuables) déjà en bute cette année, notamment, aux hausses des coûts du personnel (indexations) et de l'énergie. Encore ne faut-il pas surestimer cet élément du dividende; ses 105 millions de 2007 sont à rapporter aux 12,6 milliards de recettes ordinaires de l'ensemble des communes à l'exercice : pas plus de 0,8 pc.

Toutefois, ce chiffre global n'exclut pas des difficultés plus spécifiques. Il n'est qu'à s'en tenir aux trois premiers actionnaires du Holding communal pour s'en convaincre : les 8 millions reçus par Anvers constituent 0,6 pc de ses recettes; les 5 millions de Charleroi, 1,2 pc; et les 4 millions de Schaerbeek, 2,3 pc.

© La Libre Belgique 2008

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