A l'horizon, dépressions et suicides en augmentation

"Nous ne devrions pas sous-estimer les turbulences et les conséquences probables de la crise financière. Il ne faudra pas être surpris de voir plus de personnes stressées, plus de suicides et plus de désordres mentaux", a averti Margaret Chan, directrice générale de l'Organisation mondiale de la santé.

Laurence Dardenne

Nous ne devrions pas sous-estimer les turbulences et les conséquences probables de la crise financière. Il ne faudra pas être surpris de voir plus de personnes stressées, plus de suicides et plus de désordres mentaux", a averti Margaret Chan, directrice générale de l'Organisation mondiale de la santé (OMS).

Poussant des milliers de personnes à la porte de leur domicile, la crise du crédit immobilier a entraîné nombre de drames humains aux Etats-Unis. Ainsi, ce cadre de 45 ans qui, dans une situation financière désespérée, a tué cinq membres de sa famille avant de se donner la mort.

Sans aller jusqu'à imaginer que ce type de scénario se généralise, l'inquiétude dont a fait part l'OMS paraît tout à fait justifiée, selon le Pr Isidore Pelc, chef du service honoraire et professeur émérite en psychologie médicale à l'ULB, par ailleurs co-président du Centre collaborateur de l'OMS, en Belgique.

"On peut effectivement avoir certaines craintes dans la mesure où le suicide, comme d'autres problèmes de santé mentale, a des déterminants biologiques. Certaines personnes sont en effet davantage déterminées à être plus dépressives que d'autres. Il y a aussi des déterminants psychologiques : certains individus ont tendance à voir la demi-bouteille vide plutôt que pleine. Enfin, il y a les déterminants sociaux. C'est ce que l'on appelle le modèle bio-psycho-social. C'est en général le cumul ou l'ajout de tous ces facteurs de risque qui fait qu'à un moment, une personne bascule dans une pathologie ou dans un passage à l'acte comme le suicide."

Comme nous le confirme le psychologue, il n'est pas rare aujourd'hui que soient abordés en consultation les soucis financiers liés à la période que nous traversons. "Si la crise n'est pas directement la cause des troubles mentaux, c'est la goutte qui fait déborder le vase, nous confie encore le Pr Pelc. O utre le suicide et la dépression, des comportements violents ou agressifs peuvent apparaître, du fait que les gens ressentent certaines injustices. S'il n'est pas exact de dire que la situation va créer des maladies maniaco-dépressives ou des schizophrénies, il est très probable qu'elle déstabilise des gens stabilisés."

Alors que la Belgique figure en tête de peloton du nombre de suicides chez les jeunes, on pourrait craindre qu'ils ne soient pas épargnés par les effets de la crise. "S'ils ne sont a priori pas les premiers touchés, il faut tenir compte du contexte, poursuit le psychologue. Voir ses parents au chômage, tristes, crispés... n'est pas rassurant. S'ils ne sont pas directement concernés par la chute des actions, ils le sont par un style de vie."

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