Krach boursier: Et que faire ?

Les marchés sortent de deux jours de panique marqués par une capitulation. Deux de plus, qui ajoutent une énième couche d'inquiétude à un climat de sinistrose de plus en plus souvent qualifié d'historique.

Olivier Standaert

Que doivent faire ceux et celles qui investissent en bourse dans un tel contexte ? Garder la tête froide et ne pas céder à la panique, "la pire conseillère possible en ces temps de crise", clame Antoine de Séjournet, Administrateur de Capfi Delen Asset Management. Et des réactions de panique, il y en a eu ces derniers jours : "ceux qui veulent vendre tous leurs avoirs boursiers se trompent de solution et ne regardent qu'à trop court terme", poursuit Antoine de Séjournet.

Mais y a-t-il seulement des faits qui justifient un état d'esprit plus serein ? Oui, disent les analystes. "Les États ont pris la pleine mesure de la situation, comme en témoigne notamment la baisse des taux de toutes les banques centrales. Ces efforts écartent le risque systémique et sont de nature à rassurer, à tout le moins dans les grandes institutions. Il faut rester plus vigilant avec les challengers et les succursales", détaille Marc Engels, responsable de l'analyse et la gestion des fonds d'actions chez Puilaetco Deeway. La façon dont les autorités de nombreux pays ont pris à bras-le-corps les problèmes de leurs banques aura un impact positif. Mais il faudra encore un peu attendre pour en ressentir les effets.

Pas plus de 30 pc d'actions

En attendant, se séparer de tout son portefeuille boursier ne résoudra pas grand-chose. Même si l'année 2008 est très mauvaise, et même si la crise offre très peu de visibilité sur les marchés. "Nous traversons une période où ceux-ci sont guidés par les émotions. Il vaut mieux jouer la stabilité et ne pas agir précipitamment", juge Jef Vandenbergh, porte-parole de Delta Lloyd Bank, qui rappelle que "la nécessité de sécuriser son portefeuille se faisait ressentir depuis longtemps. Dans ces conditions, cela n'a plus aucun sens de céder à la panique".Entre l'affolement et l'immobilisme, il y a tout de même un pas. Demeurer pour l'heure en possession de 50 pc d'actions est trop risqué. Tout peut aller très vite. Exemple pour le patrimoine de risque moyen : il y a un peu plus d'un an, les analystes de Capfi Delen conseillaient encore jusqu'à 60 pc d'actions. Taux qui a progressivement baissé jusqu'à 33 pc actuellement.

La crise actuelle met en lumière certaines erreurs. À la question du "que faire ?", il semble de plus en plus évident que le manque de diversification des portefeuilles est à la source de nombreux drames. À quoi ressemble un portefeuille raisonnable à l'heure actuelle ? "Cela nécessite une bonne dose de psychologie", lance Antoine de Séjournet. "Ceux qui possèdent déjà un patrimoine et un peu de cash peuvent opter avec réalisme pour 30 pc d'actions et le reste d'obligations".

Encore faut-il aussi assurer une bonne ventilation des valeurs. "Il est révolu le temps où on misait tout sur trois ou quatre valeurs", analyse Marc Engels. Qui précise qu' aujourd'hui, "un investisseur doit pouvoir tabler sur une bonne douzaine de valeurs, et grimper pourquoi pas jusqu'à vingt" .

Un autre danger guettant les investisseurs, c'est la tentation des extrêmes. Vendre dégoûté en période de crise ou flamber et augmenter les actifs lorsque la conjoncture est bonne : deux pièges à éviter. La constitution d'un portefeuille doit viser le long terme, "la valeur intrinsèque de l'action, ce qu'elle vaudra dans trois ou quatre ans", note Antoine de Séjournet. En clair, opter pour une structure capable de traverser les bonnes et les mauvaises périodes. "Cette crise entraînera des mutations profondes, et les investisseurs s'en rendront compte d'ici peu. Ils devront refaire un vrai pas vers les institutions les plus saines et les plus fiables. Ce sera une des leçons de la récession actuelle. Les feux de paille du marché boursier auront en fin de compte coûté beaucoup d'argent à trop de monde", conclut Marc Engels.

Sur le même sujet