Krach boursier: Qui achète ?

Au plus bas, ou pas encore au plus bas ? Les chutes successives des cours des valeurs cotées inclinent à penser que le pire de la crise est derrière nous. Mais force est de constater que, jour après jour, les limites basses, les zones de rebond, sont repoussées.

Patrick Van Campenhout

Mais force est de constater que, jour après jour, les limites basses, les zones de rebond, sont repoussées. Cette fois, le sentiment pessimiste est si fort que peu d'analystes osent encore proposer des valeurs à l'achat. Pourtant, fondamentalement, certaines valeurs ne sont pas chères, sur base du rapport existant entre le cours de bourse et la part de bénéfice représentée par une action. Ce rapport cours/bénéfice est un des ratios essentiels dans l'évaluation des niveaux d'achat des actions d'entreprises. Globalement, mais il y a bien entendu des variations selon les secteurs, on compte historiquement un multiple de 12 à 14. A comprendre de la manière suivante : on paie 12 à 14 fois les bénéfices de l'entreprise pour obtenir une action.

Evidemment, on n'est pas aujourd'hui dans un environnement susceptible de voir ce multiple historique atteint ou dépassé. L'achat sur base fondamentale est donc délicat... Il est d'autant plus délicat que l'on a assez peu de visibilité sur les résultats des entreprises cotées. On imagine déjà que les banques qui auront survécu au séisme actuel auront aussi du mal à aligner des bénéfices avant... un certain temps. Donc, bénéfice zéro (le rapport ne fonctionne pas en cas de perte). Un cours divisé par zéro (le rapport cours/bénéfice étant par définition une division), ça ne donne rien. Pas d'indication de base, ou une indication basée sur un chiffre flou, étant donné le principe d'une récession et d'un impact sensible sur les bénéfices à venir...

On peut encore se baser sur les espoirs de reprise (pas très rationnel) ou sur la valeur à casser de l'entreprise. Mais dans la conjoncture actuelle, difficile de déterminer une telle valeur... Bref, en théorie, on n'achète pas, sauf si on se base sur des estimations périmées. Pourtant, il y a théoriquement dans le marché autant de titres vendus que de titres achetés... "En effet, remarque Etienne de Callatay (chief economist chez Degroof), mais nous n'avons pas de visibilité sur qui achète quoi, ni de l'origine géographique des achats." Euronext cache en effet les parties prenantes d'une opération, et si des opérateurs sont visibles, ils recouvrent soit des fonds, soit des personnes. Il y a évidemment des gestionnaires qui fonctionnent selon une philosophie spécifique et qui achètent en fonction de leur credo, comme les "hedge funds" qui choisissent (par exemple) des valeurs sectorielles et qui, au sein de ce secteur, vendent celles qui sont survalorisées pour racheter celles qui sont sous-valorisées. Et puis, il y a les "contrarians", qui opèrent à l'inverse de la tendance du marché. Enfin, les "short sellers", ceux qui ont vendu des titres qu'ils ne possèdent pas et qui doivent ensuite les livrer, sont à l'achat au moment de l'échéance de leur opération. Il y a donc des acheteurs. Enfin, il y a aussi les investisseurs qui savent qu'après la pluie vient toujours le beau temps. "Ces derniers achètent les meilleures valeurs sans trop se soucier du cours d'achat, seulement en sachant que les titres ne sont pas chers historiquement. Ils procèdent donc à des achats en vue d'un placement à long terme, en ayant sur l'activité des entreprises achetées un regard averti", nous explique un gestionnaire. De la même manière que le milliardaire américain Warren Buffet vient de procéder à deux gros achats, de 3 milliards chacun, d'actions de Goldman Sachs et de General Electric. Des actions au rendement préférentiel, bien sûr. Tout cela, en attendant le beau temps. Mais la météo boursière à long terme n'est pas terrible. Et Warren Buffet n'a pas à s'inquiéter : il fait partie du club des hommes les plus riches de la planète.

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