Krach boursier: Qui vend ?

Les Bourses du monde entier viennent de connaître la pire semaine depuis près de trente ans. Les indices ont perdu en cinq séances jusqu'à 20 pc. L'Eurostoxx 50, qui reprend les cinquante principales valeurs européennes, a reculé de 40 pc depuis le début de l'année.

Ariane van Caloen

Les indices ont perdu en cinq séances jusqu'à 20 pc. L'Eurostoxx 50, qui reprend les cinquante principales valeurs européennes, a reculé de 40 pc depuis le début de l'année. Cette chute laisse de plus en plus perplexe et conduit à la question : qui sont donc les vendeurs prêts à se débarrasser des titres à des prix jugés bradés? Dégoûté, le petit actionnaire serait-il en train de céder à la panique ?

"Les marchés sont en plein dans un processus de liquidation", explique un opérateur. Autrement dit, un certain nombre d'institutions - cela peut être des fonds spéculatifs ("hedge funds"), des banques (comme une Morgan Stanley) -, qui utilisent l'effet de levier, sont obligées de vendre des titres pour rééquilibrer le rapport entre leurs actifs (qui ont perdu beaucoup de valeur à cause de la chute boursière) et leurs dettes. Ces ventes, qui peuvent se faire de manière automatique, permettent dès lors avec l'argent récolté de rembourser une partie de la dette. "Parfois, on ne demande même pas au propriétaire son avis", raconte ce même analyste.

Ventes forcées

"La faillite de Lehman Brothers a accentué ce phénomène de ventes forcées", explique un autre analyste. Et certains "hedge funds" qui auraient beaucoup perdu semblent jouer leur va-tout selon le principe bien connu sur les marchés "the trend is your friend". En clair, ils vendent des titres à découvert ("shorter"), espérant tirer profit d'une éventuelle baisse du cours grâce à un achat du titre à un prix plus bas.

On pourrait se dire : comment est-ce possible puisque les ventes à découvert ont été interdites sur la plupart des grandes places financières ? En fait, ces interdictions ne portent en général que sur les valeurs financières et ont ainsi eu un effet limité. Ce qui aurait poussé un pays comme le Portugal d'étendre l'interdiction à toutes les valeurs.

De plus, sur les marchés bruxellois et néerlandais, les interdictions ne visent que les "naked shorters", autrement dit le vendeur qui ne s'est pas couvert en empruntant des titres. Ce qui concerne un nombre marginal de "shorters".

Et qu'en est-il des investisseurs du type sicav, fonds de pension ou compagnies d'assurance ? D'après un autre analyste d'une grande salle de marché à Bruxelles, ceux-là ne font pas tellement partie des vendeurs. "La plupart d'entre eux ont déjà vendu", remarque-t-il.

Quant aux particuliers, il y en a certainement qui quittent la bourse dégoûtés. "Mais cela ne pèse pas tellement lourd", note ce même analyste.

Craintes de dépression

Ne sont-ils pas toutefois indirectement des vendeurs via les "hedge funds" ? De fait. Certaines sicav vendues par les banques investissent une (petite) partie de leurs avoirs en "hedge funds" avec l'espoir d'un rendement plus élevé. Certains fonds de pension américains sont aussi composés en partie de hedge funds.

Et puis, il y a aussi ceux qui vendent parce qu'ils s'attendent au pire sur le front de l'économie. Il faut dire que les opérateurs dans les salles de marché broient du noir pour l'instant : ils on plus peur d'une dépression que d'une récession. Ce qui signifierait de longues années de disette économique.

Une chose est en tout cas sûre : il n'y a pas que le petit actionnaire qui y perd. L'agence de presse Bloomberg a ainsi calculé que les 25 oligarques russes les plus riches ont perdu 230 milliards de dollars depuis mi-mai. Ce qui signifie que leur richesse a baissé de 60 pc. Il faut dire que certains avaient investi dans des banques belges et étrangères...

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