Le G7 appelle à une réponse mondiale sérieuse

Le président américain George W. Bush, entouré des ministres des finances du G7, a affirmé samedi à Washington que tout le monde était d'accord sur le besoin "d'une réponse sérieuse à l'échelle mondiale".

AFP
Le G7 appelle à une réponse mondiale sérieuse
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"Chacun d'entre nous reconnaît qu'il s'agit d'une grave crise mondiale et par conséquent elle requiert une réponse sérieuse à l'échelle mondiale", a déclaré M. Bush, dans la roseraie de la Maison Blanche, à l'issue d'une réunion d'une quarantaine de minutes avec les grands argentiers du G7, du président de la Banque mondiale et du directeur général du Fonds monétaire international (FMI). La secrétaire d'Etat américaine Condoleezza Rice, le secrétaire au Trésor Henry Paulson et le conseiller à la sécurité nationale, Stephen Hadley étaient également présents.

La réunion avec M. Bush intervient une douzaine d'heures seulement après que les ministres des finances et banquiers centraux du Groupe des Sept pays les plus industrialisés ont publié vendredi à Washington un "plan d'action " en cinq points pour faire face à la crise financière internationale, dans lequel ils s'engagent à empêcher toute faillite de banque importante. Mais après une semaine noire pour les Bourses, et en attendant un sommet de l'Eurogroupe dimanche certains craignent un nouveau coup d'épée dans l'eau.

"Il n'y a rien là pour calmer les marchés, pas de substance pour y parvenir", a regretté Peter Morici, professeur à l'université du Maryland. "C'est du bon air, mais de l'air quand même", a ironisé Robert Brusca, de FAO Economics, pour qui "il n'y a pas une seule promesse concrète".

Première Bourse à fonctionner depuis ce sommet du G7, la Bourse saoudienne a ouvert sa semaine en baisse de 7% samedi, plongeant sous les 6.000 points. Mais cette dégringolade est sans doute également due à la baisse continue des cours du pétrole, passé vendredi sous les 80 dollars à New York et les 75 dollars à Londres.

L'engagement des ministres des Finances et banquiers centraux du groupe des sept grands pays industrialisés (Allemagne, Canada, Etats-Unis, France, Italie, Japon et Royaume-Uni) d'empêcher toute faillite de banque importante est pourtant un message "extrêmement fort", a insisté vendredi soir la ministre française de l'Economie, Christine Lagarde. De fait, cela devrait permettre d'éviter la disparition d'un géant comme Lehman Brothers, que l'administration Bush avait laissé tomber le 15 septembre, précipitant la crise. Reste que les banqueroutes continuent dans le secteur bancaire américain parmi les enseignes moins prestigieuses. Vendredi soir, les autorités américaines ont annoncé les faillites de deux banques régionales du Michigan et de l'Illinois, les 14e et 15e à sombrer en 2008. Pessimiste, le commissaire européen aux Affaires économiques et monétaires, Joaquin Almunia, a appelé samedi à agir "rapidement" pour régler le "problème de liquidité" sur le marché interbancaire, qui pourrait déboucher sur de nouveaux problèmes de "solvabilité" pour les banques.

Un plan qui se veut rassurant

Sur le papier, le plan du G7 prévoit que les pays membres débloquent le crédit et les marchés monétaires. Il stipule que les Etats permettent aux banques de lever des capitaux auprès des secteurs public et privé. Et il plaide en faveur de garanties "robustes et cohérentes" des pouvoirs publics aux dépôts des épargnants. De même, les Sept se sont dits prêts à faire le nécessaire pour débloquer le marché du crédit immobilier. Pour le ministre allemand des Finances Peer Steinbrück, ce plan est un signal clair à l'adresse des places financières, et "les marchés peuvent se calmer". Egalement rassurant, le gouverneur de la Banque de France Christian Noyer a répété vendredi que les banques centrales étaient "prêtes à agir à tout moment". Il s'est cependant refusé à préciser si elles avaient l'intention de mener de nouvelles actions coordonnées, comme cela a été le cas mercredi avec une baisse d'un demi-point de leurs taux directeurs, un geste sans précédent depuis les attentats du 11 septembre 2001, par six banques centrales, dont la BCE et la Réserve fédérale américaine (Fed). La Banque centrale chinoise s'est également engagée samedi à poursuivre une coopération étroite avec ses homologues étrangères.

Après ce G7 Finance, Washington devait accueillir samedi une réunion du G20 rassemblant ministres et banquiers centraux des principaux pays riches et émergents. Puis l'Eurogroupe va apporter sa contribution dimanche, lors d'une réunion à Paris. L'objectif de ce sommet sera de "s'assurer qu'au sein de la zone euro les principes définis par le G7 Finance" seront étendus, voire même "aller au-delà", a précisé Mme Lagarde.

Outre les chefs d'Etat et de gouvernement de la zone euro, ce sommet réunira le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, et le président de la BCE, Jean-Claude Trichet. Selon Mme Lagarde samedi, une piste pour l'Eurogroupe pourrait être une entrée plus importante des Etats européens dans le capital des banques européennes, "sous capitalisées". Le président français Nicolas Sarkozy et la chancelière allemande Angela Merkel devraient aborder ce sommet dès samedi, lors d'une rencontre bilatérale à l'occasion de l'inauguration d'un Mémorial Charles de Gaulle à Colombey-les-deux-Eglises.

Reste maintenant à savoir si ces réunions suffiront à calmer la peur et l'irrationnel qui se sont emparés des marchés. A Tokyo, les analystes restaient pessimistes vendredi soir. Après une chute de 9,62%, son pire recul en une séance depuis le "Lundi noir" d'octobre 1987, ils voient même le Nikkei plonger sous les 8.000 points. La bourse de Tokyo est fermée lundi, jour férié au Japon.

De même la morosité est de mise à Paris, après une semaine durant laquelle le CAC 40 a poursuivi son plongeon, chutant de 7,73% vendredi pour conclure la pire semaine de son histoire et revenir au plus bas depuis cinq ans. Les grandes Bourses ont affiché cette semaine des reculs dignes de la définition informelle du krach -une baisse des cours de plus de 20% en quelques jours- justifiant ainsi les comparaisons avec les crises de 1929 et 1987.

A situation de crise, solution de crise

Ni les baisses de taux d'intérêt, ni les opérations massives de soutien aux banques sur fonds publi cs et les garanties de dépôts décidées par les gouvernements, ni les appels au calme des grands argentiers internationaux n'ont jusqu'ici réussi à endiguer la panique. A situation de crise, solution de crise: le secrétaire américain au Trésor Henry Paulson a envisagé vendredi soir d'utiliser une partie des 700 milliards de dollars débloqués par le Congrès pour prendre des participations directes dans les établissements financiers, afin de les recapitaliser. Cette recette, déjà employée ces dernières semaines en Europe, représenterait une première aux Etats-Unis depuis la crise de 1929 et une entorse au credo libéral suivi depuis les années Reagan.

Autre retournement envisagé: l'abandon du plan de lutte européen contre le réchauffement climatique. Une demande émise samedi par la "'patronne" des patrons italiens Emma Marcegaglia et son homologue allemand Jürgen Thumann, selon qui "tout choix qui pourrait menacer l'emploi doit être évité". Selon le magazine Der Spiegel à paraître lundi, citant des grands instituts de conjoncture allemands, la croissance allemande sera de 0,2% en 2009, contre 1,4% encore prévu en avril.

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