"L'audace" à Paris, pas l'immobilisme

La France débloque 360 milliards d'euros pour venir au secours des banques. Un geste qui ne se fera "pas sur le dos du contribuable". Et sera assorti d'obligations. Le blog de notre correspondant à Paris

BERNARD DELATTRE

CORRESPONDANT PERMANENT à PARIS

I l fallait que les pouvoirs publics prennent leurs responsabilités pour tenter de résoudre une crise dont il était évident qu'elle ne pouvait plus se résoudre d'elle-même." Nicolas Sarkozy a justifié de la sorte lundi la déclinaison française du plan de l'Eurogroupe accouché dimanche à l'issue du sommet de l'Elysée. Un plan que le Président français, se lançant des fleurs à lui-même, a de nouveau qualifié d'"extrêmement ambitieux". Son volet franco-français sera donc "considérable" : "à la hauteur des problèmes auxquels nous sommes confrontés".

Paris vole au secours des banquiers en débloquant un budget de quelque 360 milliards d'euros en leur faveur. La plus grosse partie de cette somme (320 milliards) vise à "créer les conditions pour que l'argent recircule à nouveau" dans le circuit bancaire et dès lors à "réamorcer la pompe du crédit" et, partant, l'économie. Concrètement, l'Etat va apporter sa garantie aux emprunts dont les banques ont besoin pour se refinancer. Outre cette garantie aux prêts interbancaires, 40 autres milliards pourront être consacrés à une éventuelle recapitalisation de banques en difficulté car manquant de fonds propres, de manière à ce qu'elles puissent continuer à développer leurs activités.

C'est "tout le contraire d'une fuite en avant !", a martelé Nicolas Sarkozy, comme pour mieux convaincre une opinion qui serait rétive à voler au secours de banquiers assimilés comme les premiers responsables de la crise. Ce plan "ne se fait pas sur le dos des contribuables", a dit encore plus clairement l'UMP.

L'ouvrier après le banquier ?

Démonstration en trois points de l'Elysée. Un : cet effort de l'Etat est nécessaire car il constitue "la seule façon de protéger l'emploi, l'impôt et l'épargne" des Français, qui seraient immanquablement balayés si la crise financière et bancaire dégénérait en crise économique généralisée.

Deux : cet effort ne sera pas gratuit mais assorti de "contreparties", voire d'"obligations". Ainsi, a insisté Nicolas Sarkozy, avant même de "refonder le capitalisme mondial", les banques aidées devront s'engager à limiter les rémunérations de leurs dirigeants et à desserrer le crédit en faveur des particuliers, des PME et des collectivités locales.

Trois : ce geste au bénéfice des banquiers ne doit pas être considéré comme une dépense mais comme un investissement. En effet, les garanties étatiques accordées aux banques sont payantes. Dès lors, en l'absence de défaillance de ces établissements, le contribuable sera gagnant du montant des commissions encaissées sur les garanties souscrites. En outre, le plafond de 320 milliards correspondant à l'encours total des prêts garantis "est un maximum" qui, "sans doute", ne sera "jamais atteint", a espéré Nicolas Sarkozy lundi. Et, de toute manière, selon le chef de l'Etat, le risque, dans la gestion de cette crise mondiale, résidait moins dans "l'audace" que dans "l'immobilisme".

Si l'opposition en conviendra peut-être, lundi, elle n'a pas pour autant adoubé Nicolas Sarkozy. Le PS a critiqué le caractère "tardif" de la riposte européenne orchestrée par le président en exercice de l'Union. Comme le Modem, il a réclamé des mesures en faveur cette fois de "l'économie réelle" : soutenant l'emploi, le pouvoir d'achat, les rémunérations ou la recherche. Ce que le souverainiste Philippe de Villiers a résumé d'une façon lapidaire : "L'Etat en fait beaucoup pour les banquiers, il faut en faire au moins autant pour les ouvriers."

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