Fortis: enterrement boursier

Après sept jours de suspension, l'action s'est écroulée de 77 pc à 1,22€. Les capitaux propres du groupes dépecé sont évalués à 7,4 milliards d'euros. Une assemblée va être convoquée dans les huit semaines. KBC tente de rassurer malgré la tourmente des CDO Les bourses européennes à la baisse Bourses: retour à la nervosité Dexia : panique en Bourse, chute du titre, et... démenti formel Vers notre dossier spécial

Fortis: enterrement boursier
©BELGA
Ariane van Caloen

J'ai commencé à lire le communiqué de Fortis. Et puis je l'ai jeté à la poubelle. C'est un rapport d'autopsie. A quoi ça sert de suivre encore le titre ?" Désabusé par le plus grand fiasco financier de l'histoire de la Belgique, cet analyste a décidé de tourner la page. Pour lui, la publication mardi matin du long et pointu communiqué de Fortis et la chute du cours (- 77 pc à 1,22 €) qui s'en est suivie - après de six jours de suspension de cotation - est une triste histoire à oublier au plus vite.

Le CEO de Fortis, Filip Dierckx, lui n'a pas le loisir de penser à autre chose. Il avait la lourde tâche de présenter hier, lors d'une conférence de presse téléphonique, ce qui reste dans la société cotée. Fortis, a-t-il dit en termes pour le moins diplomatiques, a subi "une métamorphose complète".

Ce qui était avant un groupe actif dans la banque et l'assurance est devenue une société qui englobera les activités d'assurance à l'international, une participation dans un portefeuille de crédits structurés et des instruments de financement.

Pour ce qui est des crédits structurés (papier à risque), ils seront logés dans un véhicule dont le holding aura une participation de 66 pc, contre 24 pc pour l'Etat belge et 10 pc pour BNP Paribas. Ils auront une valeur comptable de 10,4 milliards d'euros. D'après Filip Dierckx, leur valorisation s'est faite "selon l'approche la plus sévère". De quoi rassurer ceux qui craignent des provisions supplémentaires ?

Il y aura aussi au passif du holding Fortis de la dette pour un montant de 9,4 milliards d'euros. Elle est inférieure à la position de trésorerie nette du groupe (10,5 milliards d'euros) qui provient notamment du produit des cessions des deux dernières semaines (14,4 milliards). "Fortis devrait donc être en mesure d'assurer le service et le remboursement de toutes ces dettes obligataires", souligne le communiqué.

On en arrive au chiffre le plus important pour les actionnaires : les capitaux propres s'élèvent à 7,4 milliards d'euros à répartir sur 2,47 milliards d'actions soit l'équivalent de 3 euros par action.

Le conseil d'administration a aussi décidé de convoquer une assemblée dans les huit semaines. La date sera précisée lorsque la nouvelle structure de gouvernance nécessaire aura été dégagée.

L'assemblée offrira aussi l'occasion de donner des indications sur la stratégie qui sera suivie, a précisé Filip Dierck. Peut-on encore envisager une stratégie de croissance ou plutôt de liquidation ? "Le conseil d'administration doit y réfléchir dans les jours et semaines qui viennent", a répondu Filip Dierckx. Et ce dernier va-t-il rester en place. "On aura plus d'informations sur la gouvernance lors de l'assemblée", a répondu de manière sibylline Filip Dierckx.

Force majeure

Pourquoi ne pas avoir fait, comme le regrettent beaucoup d'actionnaires, une assemblée avant la cession des actifs d'une part à l'Etat néerlandais, d'autre part à BNP Paribas ? "On n'avait pas le temps d'organiser une assemblée. C'était une situation de force majeure", a une fois de plus répété Filip Dierckx. Et de préciser aussi que même après l'injection de liquidités fin septembre, "le groupe restait dans une situation incertaine". D'où la vente dans un deuxième temps à BNP Paribas.

Autre question délicate posée hier : les bonus versés aux dirigeants vont-ils être maintenus compte tenu de la situation ? "Cela se fera en respectant tous les éléments de gouvernance. Le groupe prendra en compte tous les éléments", a répondu un Filip Dierckx toujours aussi prudent.

Sur le même sujet