Kaupthing : issue en vue ?

Ils sont 80 ou 100 épargnants, place de La Liberté à Bruxelles, ce mercredi matin. Ils réclament la restitution de leur épargne bloquée chez Kaupthing Bank (succursale belge d'une banque luxembourgeoise, elle-même filiale d'une banque islandaise) par les autorités de contrôle des opérations financières au Luxembourg et en Belgique.

Ils sont 80 ou 100 épargnants, place de La Liberté à Bruxelles, ce mercredi matin. Ils réclament la restitution de leur épargne bloquée chez Kaupthing Bank (succursale belge d'une banque luxembourgeoise, elle-même filiale d'une banque islandaise) par les autorités de contrôle des opérations financières au Luxembourg et en Belgique. Une "manif" de nantis ? Non. Si leur première apparition dans une brasserie, dont on vante la qualité des huîtres, a pu donner cette impression, ils ne sont pas tous là pour réclamer la restitution d'un trésor, mais seulement des quelques milliers ou dizaines de milliers d'euros amassés au fil d'une vie, et placés dans le but d'assurer un revenu complémentaire à des retraités, ou à rendre productif un capital engrangé avant de servir à l'achat du nid familial. C'est le cas de Fabien, un sympathique quadragénaire bruxellois qui a placé avec sa compagne, maman de son enfant, deux fois 50 000 euros chez Kaupthing, pour améliorer le rendement de leur capital... avant d'acheter un appartement. "J'ai eu un choc quand j'ai appris que nos sous étaient bloqués..." Il mani feste là, angoissé, parmi d'autres citoyens frappés par la crise financière, alors qu'il voulait éviter les ennuis en plaçant son épargne sur un compte apparemment dépourvu de risques. Son but, émouvoir les autorités belges pour les voir interpeller le gouvernement luxembourgeois. Et, in fine, récupérer ce capital gelé depuis une semaine quelque part entre Bruxelles, Luxembourg et Reykjavik.

Le Premier ministre Yves Leterme sait qu'il a là une carte à jouer. Dimanche, il a déjà croisé Jean-Claude Juncker, Premier ministre luxembourgeois, et a poursuivi ce dernier, hier, dans le but de maintenir la pression sur ce dossier. Il devrait faire escale ce week-end à Reykjavik et s'entretenir au passage avec les autorités locales. De son côté, le ministre des Finances, Didier Reynders, déclarait hier à RTL : "Nous avons dit à nos collègues luxembourgeois que nous étions prêts à participer à une opération de reprise de la banque (NdlR : Kaupthing Luxembourg), donc de reprise des activités, sous une forme à déterminer." Sortie de crise ?

Selon nos informations, une solution serait sur les rails pour Kaupthing. Il s'agirait de la reprise de la banque luxembourgeoise par un acteur du marché aux épaules plus larges. En effet, la banque luxembourgeoise n'est pas en faillite, mais en "suspension de paiement", soit une solution permettant le gel local des avoirs des déposants. Sur place, on entend évoquer le nom de la Banque et Caisse d'Epargne Luxembourgeoise (BCEE) qui pourrait être intéressée par la reprise du portefeuille de Kaupthing Luxembourg et sa filiale belge. On n'en sait pas plus pour l'instant, mais on sait que les autorités luxembourgeoises sont enfin proches d'annoncer la mise à niveau de la protection minimale des dépôts bancaires à 50 000 € sur base de l'accord européen intervenu à ce propos la semaine passée. Il se dit aussi chez nos voisins qu'il y aurait une possibilité de rehaussement de cette garantie à 100 000 € comme en Belgique.

Enfin, en cas de faillite de Kaupthing - ce n'est pas le cas actuellement - cette garantie serait rétroactive. Tout cela, au conditionnel... Mais le monde financier luxembourgeois est en ébullition.

MVDM et P.V.C.

Sur le même sujet