"L'assurance, ce n'est pas la banque !"

La crise touche aussi les assureurs belges, fût-ce indirectement. Cette année, la croissance des encaissements des compagnies belges atteindra à peine 1 pc, selon les premières estimations publiées mercredi par Assuralia, l'union professionnelle des entreprises d'assurances.

Ph.G.

La crise touche aussi les assureurs belges, fût-ce indirectement. Cette année, la croissance des encaissements des compagnies belges atteindra à peine 1 pc, selon les premières estimations publiées mercredi par Assuralia, l'union professionnelle des entreprises d'assurances. Si l'on tient compte de l'inflation de 4,7 pc prévue par le Bureau fédéral du Plan pour 2008, on peut même considérer que les assureurs verront leurs encaissements baisser cette année.

En extrapolant les résultats obtenus au premier semestre, Assuralia estime que les assureurs obtiendront 31,516 milliards d'euros d'encaissements en 2008, contre 31,193 milliards en 2007. "C'est la plus faible croissance des années 2000, mais elle est plus élevée que la moyenne européenne", note René Dhondt, directeur général d'Assuralia. Il n'empêche : les assureurs s'attendent à une année 2008 particulièrement difficile, marquée par une forte détérioration des résultats en raison de la fonte des plus-values latentes sur actions et de l'augmentation des moins-values latentes obligataires.

Les clients des assureurs doivent-ils pour autant s'inquiéter ? "Non !" assure Philippe Colle, l'administrateur délégué d'Assuralia. "Les droits des assurés sont garantis et, en règle générale, les compagnies belges n'ont pas été directement touchées par la crise." Comment les droits des assurés sont-ils garantis ? Entre juin 2007 et juin 2008, les engagements des assureurs envers leurs clients ont augmenté de près de 12 milliards d'euros, à 187,472 milliards. Mais dans le même laps de temps, les assureurs ont aussi augmenté la valeur des actifs qu'ils détiennent pour couvrir ces engagements. Ces "valeurs représentatives", comme on les appelle, ont atteint 193,267 milliards fin juin 2008, contre 181,819 milliards fin juin 2007. Bref, à la fin du premier semestre de cette année, les assureurs disposent de valeurs d'affectation supérieures à la valeur de leurs engagements envers la clientèle. L'excédent du taux de couverture atteint 3,1 pc. En outre, la marge de solvabilité des compagnies atteint 16,280 milliards d'euros fin 2008, alors que les exigences légales sont de 7,682 milliards.

Ceci permet à Assuralia de se montrer rassurant par rapport à la crise que traverse le secteur financier pour l'instant. "L'assurance est fort différente de la banque", souligne Philippe Colle. "Les assureurs sont des gestionnaires de risque plutôt que des financiers. Leur horizon est à moyen et long terme alors que celui des banquiers est davantage à court terme. Or la crise actuelle se caractérise par un manque de liquidités à court terme." Pour le patron d'Assuralia, la crise a révélé que les exigences prudentielles et les réglementations devaient être différentes entre les banques et les compagnies d'assurances. Or, estime-t-il, on a eu tendance à faire un amalgame entre les deux métiers ces derniers temps.

Branche 23 à la peine

C'est dans ce climat d'inquiétude pour tout le secteur financier que le gouvernement a décidé d'étendre le système de protection des dépôts aux assurances vie de la branche 21 (comptes First, Crest, etc.). "Nous n'étions pas demandeurs", indique Philippe Colle. "Ce n'était pas nécessaire, étant donné les montants des valeurs représentatives et de la marge de solvabilité. Mais nous accueillons cette proposition favorablement car elle s'inscrit dans la perspective d'une restauration de la confiance dans le système financier." Reste à voir comment, concrètement, cette garantie sera mise en œuvre. Assuralia se concertera avec le cabinet du Premier ministre et celui du ministre des Finances dans les prochains jours.

Par ailleurs, d'après les chiffres publiés mercredi par Assuralia, les encaissements des primes en branche 23, soit les assurances vie liées à des actions cotées en Bourse, devraient reculer de 27,4 pc cette année, à 2,174 milliards d'euros, en ce qui concerne l'assurance vie individuelle. Par contre, les encaissements des assurances vie individuelles de la branche 21, à capital et taux garantis, verraient leurs encaissements continuer à croître, à concurrence de 3,6 pc en 2008, à 14,261 milliards d'euros. Comme le résume René Dhondt, en ces temps de crise, "le client cherche la sécurité"...

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