"La récession pèsera surtout sur la croissance de la demande"

Pour Miguel del Marmol (Fédération pétrolière), la fourchette de 60-80dollars le baril reste d’actualité.

pierre Loppe

entretien

Miguel del Marmol, patron de Total Belgique et de la Fédération pétrolière, commente l’actualité.

En 2007, puis au printemps 2008, vous étiez le seul à prévoir un baril à 60 dollars...

Je tablais sur une fourchette de 60 à 80dollars, qui reste selon moi d’actualité. J’avoue que j’ai été la risée de mon entourage quand le baril frôlait les 150dollars! C’est la preuve qu’il ne faut pas se laisser influencer par l’instant présent. Les marchés flambent et se remettent ensuite en place. La hausse a été spectaculaire, la chute l’est encore plus.

Vous n'aviez tout de même pas prévu la crise financière majeure actuelle ?

L’ajustement de la demande a été plus rapide que ce que je pensais, c’est vrai. Celle-ci a reculé de 12 pc au Japon en août et de 8 pc aux Etats-Unis en septembre. Vu que l’Opep produit toujours la même quantité, les prix baissent, c’est logique.

Que pensez-vous des experts qui tablaient sur un baril à 200 dollars à fin 2008 et avancent aujourd'hui un chiffre... de 50 dollars ?

Ils me font hurler de rire. La façon dont ils procèdent est très simple: ils prennent la droite de régression des points des six derniers mois et la prolongent. Ils affirment ensuite que le "trend" est un tel ou un tel. Problème: les "trends", ça évolue

Que va décider l'Opep ce vendredi ?

Le cartel va réduire la production, c’est évident ; mais de combien, ça on verra. Etant donné la hausse de production des pays non-Opep, il a de bonnes raisons de la réduire. L’Opep va s’efforcer de retrouver des niveaux à peu près normaux, mais on n’est pas près de retrouver le baril à 90dollars. Ces pays sont capables de contrôler la situation. Ils voient pour la plupart la situation à très long terme et ont aussi besoin de cash. Ils n’aiment pas les grands sauts de la demande et se disent bien que les progrès de la voiture électrique, du photovoltaïque et que sais-je vont peser sur la demande.

Le départ massif des fonds spéculatifs n'est pas étranger à la chute du baril de 147 à 65 dollars en trois mois ?

On ne peut pas le nier, même si la spéculation ne fait qu’amplifier les mouvements. Le marché a très bien fonctionné. On n’a pas vu de grand crash d’opérateurs pétroliers ni de problèmes d’approvisionnement. Les matières premières étant devenues moins à la mode, pas mal de gens sont sortis du marché.

L'Opep détient-elle les clés ?

Son importance s’est accrue. Il ne faut pas négliger la Russie qui est devenue pratiquement le premier producteur et exportateur du monde. Un petit bras de fer entre eux n’est pas exclu.

Un baril bon marché ne risque-t-il pas de geler les investissements ?

Tout le monde dit qu’un baril à 65dollars va avoir des effets néfastes sur les investissements dans la recherche et les énergies alternatives. A mon sens, le pétrole restera cher et ce sera marginal.

La volatilité qui s'est emparée des marchés n'est-elle pas le problème n° 1 ? Elle est très néfaste. Cela augmente le risque des investisseurs qui demandent un return plus élevé. Quand les fluctuations sont rapides, les coûts s'envolent et une grande prudence est de mise. Tout industriel veut connaître le prix du produit qu'il va vendre. Le marché a souvent paru tendu alors qu'il était correctement approvisionné. Quel sera l'impact de la récession ?La récession va surtout peser sur la croissance de la demande. On l'estimait jusqu'ici à 1 million de barils/jour. Ce sera plutôt 400 000 barils/jour et peut-être zéro...La consommation baisse-t-elle chez nous ?Pas beaucoup et, en tout cas, nettement moins qu'en France ou en Allemagne. En Belgique, on compte beaucoup de flux traversants et puis l'information fait défaut. En août, toutefois, le recul a été sensible.L'évolution des prix maxima suit-elle suffisamment l'évolution du brut ?Sans conteste. Le contrat-programme a un effet mécanique à la hausse comme à la baisse. Il faut se méfier de la perception trompeuse et ne pas négliger l'effet dollar.