Deux chocs font vaciller les bourses

C’est un véritable tsunami qui a balayé vendredi les bourses mondiales, une vague partie des places asiatiques à l’aube qui a atterri à Wall Street, en soirée.

Deux chocs font vaciller les bourses
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Christophe Lamfalussy

C’est un véritable tsunami qui a balayé vendredi les bourses mondiales, une vague partie des places asiatiques à l’aube qui a atterri à Wall Street, en soirée.

Dans la panique, plusieurs bourses (Oslo, Prague, Bombay, Séoul) ont franchi à la baisse la barre psychologique des dix pour-cent, tandis que d’autres, comme à Moscou, fermaient carrément leurs portes.

L’une des leçons tirées du krach du 19octobre 1987 avait été d’obliger les bourses à instaurer des systèmes de court-circuit dès que les valeurs plongeaient brutalement. En 1987, Wall Street avait plongé de 22,6 pc en une seule journée. Le Dow Jones a perdu autant depuis un mois, mais il l’a fait par paliers. Il se rapproche, dans son scénario, beaucoup plus du krach de 1929, qui avait débuté un jeudi 24octobre, un "jeudi noir", il y a 79 ans.

Les bourses, comme toujours, anticipent. Elles prévoient une récession mondiale qui réduira les marges des entreprises. Et après avoir craint la faillite du système bancaire, elles se prémunissent en quelque sorte contre la baisse des dividendes.

Les gouvernements ne peuvent pas faire grand-chose, en pleine crise, contre les mouvements boursiers. Mais ils peuvent, comme en 1987, tirer les leçons de la débâcle financière.

C’est pourquoi les Européens, sous l’impulsion de Gordon Brown et de Nicolas Sarkozy, ont demandé aux Américains et aux pays émergents de revoir les fondamentaux du système financier - bref de conclure un "nouveau Bretton Woods".

L’action des gouvernements européens a sans doute été décisive pour éviter une faillite du système bancaire qui aurait eu des conséquences catastrophiques pour chaque épargnant. Des milliards d’euros ont été engagés pour nationaliser des banques, garantir les prêts interbancaires (indispensables au rétablissement de la confiance) et injecter des liquidités.

Culturellement plus réceptive à l’intervention des Etats, l’Europe est allée beaucoup plus loin que les Etats-Unis qui n’ont engagé "que" 700milliards de dollars en raison des réticences très profondes de l’Américain moyen.

Il est révélateur que le Trésor américain ait préféré acheter des produits toxiques plutôt que d’injecter directement du capital dans les banques. Les pays asiatiques n’ont annoncé que vendredi matin, la création dans les prochains mois d’un modeste fonds de 80milliards de dollars et d’un organisme de supervision des marchés régionaux.

Les actionnaires, et non les détenteurs de comptes d’épargne, sont les principaux perdants du krach en cours. Malheureusement, la réforme qu’envisagent les pays du G-20 ne leur permettra pas de combler les pertes. Elles prémuniront les marchés d’un krach du même acabit.

Il est significatif que la Chine ait accepté de participer au sommet qui aura lieu le 15novembre dans les environs de Washington. Les pays asiatiques et européens, en sommet hier à Pékin, se sont engagés "à entreprendre une réforme réelle et de fond des systèmes internationaux monétaire et financier".

Le sommet sera celui des pays du G-20, soit les grands pays industriels membres du G8 (Etats-Unis, Allemagne, Canada, France, Italie, Japon, Royaume-Uni, Russie) ainsi que onze grands pays émergents, plus l’Union européenne.

A l’heure actuelle, nul ne sait quelles mesures seront préconisées. Les idées ne manquent pas, du contrôle des agences de notation jusqu’à l’interdiction du prêt des titres. Mais une chose est claire: les Européens ne pourront rien entreprendre sans l’aval au bout du compte des Etats-Unis, d’où tout est parti.

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