Sombre fin de semaine sur les marchés financiers

Un vent de panique a balayé vendredi les marchés financiers en Europe et Asie, en forte chute, face à une récession qui prend de l'ampleur, affectant nombre de secteurs industriels et entraînant des plans sociaux.

AFP

Un vent de panique a balayé vendredi les marchés financiers en Europe et Asie, en forte chute, face à une récession qui prend de l'ampleur, affectant nombre de secteurs industriels et entraînant des plans sociaux.

Prises dans la tourmente, les places de Paris et Francfort plongeaient par moments de plus de 10% et Londres de plus de 9%, laissant craindre un nouveau séisme boursier, 79 ans jour pour jour après le début du grand krach à Wall Street en 1929.

Les Bourses européennes ont finalement limité leurs pertes, clôturant néanmoins en forte baisse: Londres a perdu 5%, Francfort 4,96%, Paris 3,53%, Milan 5,61% et Madrid 5,20%. La Bourse de New York ) a également de nouveau fini en forte baisse vendredi, mais a limité les dégâts. Le Dow Jones, qui avait perdu plus de 5% à l'ouverture, a fini sur un recul de 3,59%, tandis que le , à dominante technologique, a cédé 3,23%. L'indice élargi Standard & Poor's 500 a quant à lui perdu 3,45%.

"Il nous reste à affronter ce qui pourrait bien être la pire récession depuis la Grande Dépression (des années 1930 aux Etats-Unis, ndlr)", ont prévenu vendredi les analystes de BNP Paribas. Signe de l'ampleur de la dégradation de l'environnement économique, les annonces de plans sociaux se multiplient à l'image du constructeur automobile américain Chrysler qui a annoncé qu'il allait supprimer jusqu'à 5.000 postes d'ici à la fin de l'année.

La fébrilité était aussi palpable sur le marché du pétrole, qui poursuivait sa chute malgré la décision de l'Opep de baisser sa production, et sur le marché des changes où l'euro continuait à perdre du terrain face au dollar. Même l'or, pourtant un refuge pour les investisseurs en temps de crise, a finalement cédé aux inquiétudes du marché. Ses cours se sont effondrés, dégringolant jusqu'à 682,41 dollars, un plus bas depuis septembre 2007.

Les deux Bourses de Moscou, le RTS et le Micex, ont suspendu leurs cotations jusqu'à mardi, après des chutes de plus de 13% de leurs indices. En Asie, la Bourse de Tokyo avait ouvert le bal avec une chute de 9,6% en clôture, terminant au plus bas depuis plus de cinq ans. Dans la foulée, Séoul dégringolait de 10,6%, Hong Kong de 8,3% et Bombay de 10,96%. "Tout le monde n'a plus qu'une idée en tête: se débarrasser de tous les actifs à risque, comme les actions, et mettre l'argent qu'il reste en lieu sûr", a commenté Robert Halver, stratège actions de la Baader Bank.

Pris à la gorge, les "hedge funds" (fonds spéculatifs) doivent dégager de l'argent frais. "C'est de la vente forcée, pas un jugement d'investisseur", a expliqué Al Goldman, analyste chez Wachovia Securities. Sur le marché du pétrole aussi, la tendance restait à la baisse, malgré la décision de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) vendredi à Vienne de réduire sa production de 1,5 million de barils par jour.

Les cours de l'or noir ont continué à dégringoler, après avoir déjà perdu plus de 50% depuis le sommet des 147 dollars atteint en juillet. Le pétrole a perdu trois dollars vendredi, tournant autour de 62 dollars le baril à Londres et 64 dollars à New York. Le marché "craint que la baisse ne soit pas suffisante pour compenser le ralentissement de la demande", a commenté Peter Fertig, analyste de Dresdner Kleinwort.

L'Opep s'est attiré les foudres de la Maison Blanche, de l'Allemagne et de la Grande-Bretagne, qui redoutent au contraire qu'une nouvelle hausse des cours du brut ne dégrade encore la conjoncture mondiale. Une cascade d'annonces est venue confirmer que la crise financière a bien commencé à empoisonner l'économie réelle. La Grande-Bretagne a annoncé son premier recul de l'activité économique depuis 1992, avec une baisse de 0,5% de son Produit intérieur brut au troisième trimestre.

Dans la zone euro, l'activité du secteur privé est tombée à son plus bas niveau depuis 10 ans. L'euro pâtit de ces sombres perspectives et est tombé vendredi au plus bas depuis deux ans face au billet vert, sous 1,25 dollar, avant de se reprendre.

Le secteur le plus emblématique de cette contagion de la crise financière aux chaînes de montage est sans doute l'automobile: les géants français PSA Peugeot Citroën et Renault ont annoncé des arrêts de production, tandis que les suédois Volvo et Scania reconnaissaient la baisse de régime "la plus brutale jamais vue". Du coup, les actions du secteur descendaient aux enfers. Autre secteur touché de plein fouet: le transport aérien, avec un déclin pour la première fois depuis cinq ans du trafic passagers international. Air France-KLM a annoncé un nouveau plan d'économies de 700 à 800 millions d'euros d'économies à l'horizon 2011-2012 et envisage des réductions d'effectifs.

De même, des hauts fourneaux du géant mondial de l'acier ArcelorMittal vont être temporairement mis à l'arrêt dans plusieurs pays d'Europe, dont la France, la Belgique et l'Allemagne. Pour contrer la récession, les gouvernements européens réfléchissent à des mesures de relance, tout en tablant sur une prochaine baisse des taux de la Banque centrale européenne. En attendant, les annonces de plans sociaux se multiplient. L'américain Chrysler va supprimer jusqu'à 5.000 emplois administratifs et postes d'intérimaires -un quart des effectifs- d'ici la fin de l'année. Son compatriote Xerox prévoit 3.000 suppressions d'emplois dans le monde et le câblo-opérateur espagnol ONO 1.300.

Et sur toutes les places européennes, les bancaires continuaient à subir le martyre: les espagnoles Santander et BBVA ont perdu 10,18% et 8,59%. En Italie, Unicredit, Intesa SanPaolo et Monte dei Paschi di Siena ont également chuté. L'Islande a demandé au Fonds monétaire international (FMI) une aide de 2 milliards de dollars pour surmonter la crise qui a ruiné son système bancaire. Ukraine, Pakistan, Bélarus, Hongrie pourraient aussi avoir recours aux prêts du FMI, qui dispose de 200 milliards de dollars à cet effet.

Les 43 pays d'Asie et d'Europe (Asem), réunis pour un sommet à Pékin consacré à la crise mondiale, ont réclamé une réforme profonde du système financier et un rôle accru du FMI. L'Union européenne cherchait à rallier les dirigeants asiatiques à sa volonté de refonte du système financier mondial, avant le sommet du G 20 (principaux pays industrialisés et émergents) le 15 novembre à Washington. En marge de la réunion de l'Asem, le président français Nicolas Sarkozy et la chancelière allemande Angela Merkel ont discuté de la création de fonds souverains, une idée française qui avait été accueillie avec scepticisme outre-Rhin.

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