Asie et Europe veulent des réformes profondes

Les dirigeants d'Asie et d'Europe, réunis vendredi et samedi à Pékin, ont appelé à une réforme profonde du système financier, avant le sommet des grandes puissances industrialisées et émergentes du G20 le mois prochain, dont ils attendent "des décisions". Semaine cruciale pour les marchés financiers

Asie et Europe veulent des réformes profondes
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AFP

L'hôte du sommet, la Chine, a souhaité une plus grande régulation du système financier pour que l'économie "virtuelle" ne nuise pas à l'économie "réelle", tandis que le numéro un français Nicolas Sarkozy, qui préside l'Union européenne, et le président de la Commission européenne José Manuel Barroso ont affirmé s'attendre à des décisions concrètes à Washington.

"Nous avons besoin d'innovation financière pour mieux servir l'économie, mais avons encore plus besoin d'une plus grande régulation financière pour assurer la stabilité financière", a affirmé le Premier ministre chinois Wen Jiabao, lors d'une conférence de presse à l'issue du sommet bisannuel de l'Asem. "L'économie virtuelle doit être coordonnée avec l'économie réelle, il ne faut pas que les problèmes de l'économie virtuelle influencent le développement de l'économie réelle", a-t-il poursuivi, soulignant que les mesures prises pour faire face à la crise actuelle n'étaient pas "suffisantes".

Vendredi soir, dans une déclaration, les 43 pays d'Asie et d'Europe (Asem) ont demandé une réforme profonde des systèmes monétaire et financier et un rôle accru du Fonds monétaire international. M. Wen a confirmé que son pays prendrait une part "active" au sommet qui doit réunir le 15 novembre à Washington les grandes puissances industrialisées et émergentes du G20 sur la crise financière. "Nous discuterons avec les dirigeants du monde de mesures pour faire face à la crise financière de manière pragmatique et commune".

La France et l'UE estiment avoir rempli leur objectif de rallier les pays asiatiques à leur campagne en faveur d'une refonte du système financier international et d'un "nouveau Bretton Woods", accueilli avec tiédeur par l'administration Bush. M. Sarkozy, qui a beaucoup insisté auprès de Washington pour la tenue d'un tel sommet, a assuré que des décisions seraient prises. "Ce qu'a dit le Premier ministre chinois est très illustratif de l'état d'esprit de nos amis d'Asie", a-t-il déclaré samedi, au côté de Wen Jiabao. "Avant la préparation de ce sommet (de Washington) tous nous ont fait part de leur volonté que ce sommet soit conclusif, qu'il y ait des décisions", a dit M. Sarkozy. "Et chacun a parfaitement compris qu'il n'était pas possible de se réunir uniquement pour parler. Des décisions seront prises", a conclu le président français.

Dans un entretien avec l'AFP, le président de la Commission européenne José Manuel Barroso a également estimé possible des "décisions concrètes et importantes" à Washington. "Des contacts bilatéraux durant ce sommet (de Pékin), je vois qu'il y a un consensus émergent qui rendra possible que le sommet de Washington aboutisse à des décisions concrètes et importantes", a dit M. Barroso.

Le G20 comprend les grands pays industrialisés du G8 (Etats-Unis, Allemagne, Canada, France, Italie, Japon, Royaume-Uni, Russie) ainsi que onze grands pays émergents, plus l'Union européenne. Si le sommet des dirigeants de 43 pays d'Asie et d'Europe (Asem) a été largement accaparé par la crise financière, les chefs d'Etat ou de gouvernement des deux continents ont également abordé les changements climatiques, le développement durable, la sécurité énergétique et alimentaire, les conflits régionaux, la prévention des désastres, la cohésion sociale et les dialogue entre les civilisations.

"La crise financière n'est pas une raison et devrait pas être un prétexte pour repousser nos engagements en matière de lutte contre le changement climatique", a lancé M. Barroso, jugeant même possible un accord global en décembre 20O9 à Copenhague au sommet de l'ONU sur le climat. Les pays d'Asie et d'Europe ont aussi demandé à la junte au pouvoir en Birmanie de libérer les prisonniers politiques et de "lever les restrictions" pesant sur les partis, dans un communiqué conjoint publié à l'issue du sommet Asie-Europe (Asem).