Bourses: la récession mondiale continue à peser

Les marchés d'Asie ont vécu une journée à rebondissements mardi au lendemain d'une nouvelle débandade, alors que plans de relance, baisses de taux d'intérêt ou appels au calme sont impuissants à enrayer les craintes d'une récession mondiale prolongée.

AFP

Les marchés d'Asie ont vécu une journée à rebondissements mardi au lendemain d'une nouvelle débandade, alors que plans de relance, baisses de taux d'intérêt ou appels au calme sont impuissants à enrayer les craintes d'une récession mondiale prolongée.

La Bourse de Tokyo, dont l'indice Nikkei avait terminé lundi au plus bas en 26 ans après une chute de 6,36%, a rebondi de 6,41% en clôture après avoir brièvement chuté sous les 7.000 points en matinée. Mais les investisseurs demeuraient extrêmement prudents face aux caprices imprévisibles du marché. "Il n'y a aucune raison d'acheter", a commenté Akira Ishida, courtier chez Chuo Securities, cité par Dow Jones Newswires. Selon lui, plus personne ne se risque désormais à parier jusqu'à quels niveaux le Nikkei pourrait tomber.

Le gouvernement japonais a interdit mardi les ventes à découvert dites "à nu", une pratique accusée de faire chuter les cours. De nombreux autres pays ont déjà proscrit ou limité ce procédé ces dernières semaines.

A la mi-séance, Hong Kong flambait de 6,13% au lendemain d'une débandade historique (-12,7%). Shanghai gagnait 2,68% vers 06h05 GMT. Après avoir fortement baissé durant la séance, la Bourse de Sydney a limité les dégâts et terminé en baisse de seulement 0,38%. A la clôture, Séoul a gagné 5,57% et Manille a perdu au contraire 0,55%.

A la Bourse de Singapour, qui était fermée lors de la débandade générale de lundi, l'indice Straits Times rattrapait le temps perdu et plongeait de 5,96% à la mi-séance, passant sous les 1.500 points pour la première fois depuis août 2003. Egalement fermées lundi, Kuala Lumpur dégringolait de 6,20% à 05H30 GMT et la Bourse de Nouvelle-Zélande a terminé sur une chute de 3,29%. La Bourse de Bombay ne devait ouvrir que brièvement mardi en raison d'un jour férié en Inde.

Après avoir évolué en yo-yo tout au long de la séance, l'indice Dow Jones de la Bourse de New York a terminé lundi en repli de 2,42%. En Europe, Paris a perdu 3,96% et Londres 0,79%, mais Francfort a progressé de 0,91%.

La volatilité continuait également à régner mardi sur le marché des changes. Dans les échanges matinaux à Tokyo, l'euro a atteint son plus bas niveau face au dollar depuis avril 2006, à 1,2328 dollar. Mais le yen, qui ne cessait de grimper ces derniers jours, s'est brusquement déprécié en début d'après-midi à Tokyo, le dollar passant au dessus des 95 yens et l'euro au dessus des 120 yens, parallèlement au retour en force de la Bourse japonaise.

Les cours du pétrole étaient en baisse sensible mardi dans les échanges électroniques en Asie face aux craintes de récession et de baisse de la demande, selon des courtiers. Dans les échanges matinaux, le prix du baril de "light sweet crude" pour livraison en décembre tombait de 89 cents à 62,33 dollars le baril, contre 63,22 dollars la veille à New York.

Soucieux de donner une nouvelle bouffée d'oxygène aux marchés, le président de la Banque centrale européenne (BCE), Jean-Claude Trichet, a fait savoir lundi qu'une nouvelle baisse des taux directeurs était "possible", au cours d'une prochaine réunion le 6 novembre. De l'autre côté de l'Atlantique, la Réserve fédérale américaine devrait encore abaisser son taux directeur dès mercredi.

L'assouplissement monétaire est partout à l'ordre du jour: les banques centrales de Corée du Sud et d'Israël ont réduit lundi le loyer de l'argent. Sur le plan des indicateurs comme des résultats, les marchés n'attendent pas d'amélioration avant plusieurs semaines, voire plusieurs mois, ce qui semble repousser d'autant la perspective d'un rebond des places boursières.

La première estimation du Produit intérieur brut (PIB) américain au troisième trimestre, qui sera publiée jeudi, est ainsi attendue en recul. Aux Etats-Unis, les constructeurs automobiles ont commencé à négocier avec l'Etat fédéral pour bénéficier du plan de sauvetage du secteur financier, tous disposant de filiales de crédit. La communauté financière s'inquiète de l'épuisement des liquidités des trois grands de Detroit, General Motors, Ford et Chrysler, victimes de la dégringolade du marché automobile américain.

Le président français Nicolas Sarkozy doit présenter mardi une panoplie de mesures destinées à amortir les effets de la crise financière sur l'emploi. Il recevra par ailleurs à Versailles, près de Paris, le Premier ministre britannique Gordon Brown, qui accueillera à son tour la chancelière allemande Angela Merkel jeudi à Londres.

Les pays émergents ne sont plus épargnés par la tourmente. Dix pays d'Amérique latine étaient réunis lundi à Brasilia pour discuter d'actions concertées face à la crise. Leurs économies sont touchées de plein fouet par la chute des matières premières.

La Banque centrale du Mexique a annoncé un plan de stabilisation financière, prévoyant une augmentation de sa dette extérieure de cinq milliards de dollars auprès d'organismes financiers comme la Banque interaméricaine de développement (BID) et la Banque mondiale.

Au Brésil, la banque centrale a encore déboursé plus de deux milliards de dollars sur le marché pour soutenir la devise nationale, le real, qui s'est apprécié de 3,7% lundi. Jeudi, la Banque centrale avait annoncé le déblocage de 50 milliards de dollars pour enrayer le chute du real. Cette somme s'ajoute aux 23 milliards déjà dépensés depuis le début de la crise.

La crise financière est un "crime contre l'humanité" car elle aura pour conséquence l'aggravation de la pauvreté, a estimé lundi à Brasilia le ministre vénézuélien de l'Agriculture, Ali Rodriguez, selon qui "des sanctions rigoureuses doivent être prises contre ces escrocs et ces spéculateurs".

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