KBC: une potion amère

Et de trois. Après Fortis et Dexia, c’était hier au tour de KBC, l’une des trois grandes banques belges, d’être recapitalisée pour un montant de 3,5milliards d’euros. Le suspense ne portait pas sur l’opération en tant que telle, qui ne faisait plus de doute depuis vendredi dernier, mais sur ses modalités. Edito: Mettre fin à la démence des marchésBourses: a récession mondiale continue à peser Vers notre dossier spécial Le cours de la bourse

KBC: une potion amère
©BELGA
Ariane van Caloen

Et de trois. Après Fortis et Dexia, c’était hier au tour de KBC, l’une des trois grandes banques belges, d’être recapitalisée pour un montant de 3,5milliards d’euros. Le suspense ne portait pas sur l’opération en tant que telle, qui ne faisait plus de doute depuis vendredi dernier, mais sur ses modalités. Finalement, la banque flamande a opté pour une solution qui se rapproche très fort de celle choisie une semaine plut tôt pas le groupe néerlandais ING.

En schématisant, l’Etat belge va souscrire à des titres qui seront rémunérés à un taux d’intérêt de 8,50 pc à partir de 2009. L’argent versé permettra à KBC de renforcer ses ratios de solvabilité à des niveaux largement au-dessus des mimima requis et ainsi retrouver la confiance des marchés. La banque flamande a aussi annoncé qu’elle ne verserait pas de dividende pour l’exercice 2008. Autre mesure dans l’air du temps: la direction renonce à ses bonus.L’Etat pourra nommer deux administrateurs.

Ces différentes opérations n’ont pas empêché une petite baisse de l’action (- 0,90 pc) en raison d’une part d’une tendance générale toujours aussi morose sur les marchés boursiers et d’autre part de l’annonce de la suppression du dividende.

Maillon vulnérable

Pour de nombreux observateurs, l’appel à l’aide de KBC paraît étonnant dans la mesure où la banque flamande semblait nettement moins en difficulté que Fortis ou Dexia. Elle n’était pas comme Fortis le vendredi 26septembre, soit à la veille de l’entrée en scène de l’Etat belge, à cours de plusieurs dizaines de milliards d’euros.

Lundi encore, KBC affirmait dans un communiqué sa "solidité financière". Un constat qui ne semble pas être contesté par les autorités de contrôle. "Il s’agit d’une action préventive", a confirmé hier le ministre des Finances Didier Reynders.

"Les sentiments sur les marchés des capitaux ont fondamentalement changé et ont mené ces dernières semaines à une demande univoque de critères de capitaux plus élevés pour les institutions financières", a souligné de son côté le CEO de KBC, André Bergen.

KBC aura donc été acculée sous la pression extérieure à agir. Vendredi, elle faisait ainsi figure de maillon vulnérable sur le marché. Qui au jour d’aujourd’hui, choisit ses victimes en scrutant le marché des "Credit Default Swaps" (CDS).

Le CDS est une assurance crédit en cas de faillite d’une institution. Plus cette assurance se paie chère, plus cela traduit de la méfiance vis-à-vis de cette institution. Le prix du CDS de KBC était monté vendredi à environ 3,65 pc (du montant assuré) contre un niveau habituel de 0,5 pc. C’est dire la situation de tension. Or le prix des CDS est utilisé comme critère pour les agences de notation. Plus il est élevé, plus il entraînera une dégradation de la notation de l’institution visée. Ce qui signifie qu’elle aura de plus en plus de mal à se financer sur le marché. On est en plein dans une spirale infernale qui, selon certains experts, a une grande part d’irrationalité.

"Il est absurde que les agences de notation utilisent le critère du CDS. Dans une certaine mesure, c’est la négation de leur rôle qui est d’informer le marché plutôt que de le suivre. Au lieu d’être des indicateurs, elles sont devenues des girouettes; il est temps que l’on envisage de supprimer dans le domaine de la gestion des banques toute référence à ces agences de notation qui ont trop souvent servi d’alibi à une absence coupable de jugement personnel de la part des banques et des systèmes de régulation", estime Eric De Keuleneer, professeur à la Solvay School of Economics. Le milliardaire américain Warren Buffett avait qualifié les CDS d’armes de destruction massive...

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