France: relance par l’investissement

Sarkozy débloque 26 milliards: "Réponse très forte à la crise très forte." De la "poudre aux yeux" qui n’est "pas à la hauteur", selon ses opposants.

France: relance par l’investissement
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BERNARD DELATTRE

CORRESPONDANT PERMANENT à PARIS

Un plan "ambitieux": réponse "très forte" à une crise elle-même "très forte", "douloureuse", voire "redoutable". C’est en ces termes que Nicolas Sarkozy a présenté, jeudi, son plan de relance, destiné à la fois à "soutenir l’activité" et à "accélérer fortement la modernisation et la compétitivité de la France".

Le prix à payer? 26milliards d’euros, soit 1,3 point de PIB, sur deux ans. Le plus gros de ce plan est consacré à deux secteurs qui totalisent à eux seuls quelque quatre millions de travailleurs: l’automobile (un emploi français sur dix) et la construction. L’augmentation de 300 à 1 000 € de la prime dite "à la casse", octroyée pour tout achat d’un véhicule neuf et peu polluant, est une bouée de sauvetage lancée à un secteur dont l’emploi a subi de plein fouet l’impact de la crise. Le doublement du plafond du prêt immobilier à taux zéro et la construction de 70000 logements ajouteront leur pierre à l’édifice de la résolution de la grave crise du logement que connaît l’Hexagone depuis des années.

Outre 10,5milliards d’investissements publics (chemins de fer, travaux d’équipements, etc.), ce plan de relance prévoit l’octroi d’une prime de 200€ à 3,8millions de ménages concernés par le RSA: le nouveau dispositif de remise au travail des allocataires sociaux, qui succède au RMI. Du côté des entreprises, 11,5milliards seront consacrés à des reversements anticipés de crédits d’impôts dus par l’Etat (excédents sur l’impôt des sociétés, remboursements de TVA, etc.), ce qui allégera d’autant la trésorerie de ces entreprises.

"Un plan pour le patronat"

Enfin, pour les très petites sociétés (moins de dix employés), toute embauche sera totalement ou largement exonérée du paiement de cotisations patronales.

Nicolas Sarkozy, en excluant par exemple toute baisse de la TVA, comme au Royaume-Uni, a donc opté pour un plan de relance basé sur l’investissement plutôt que sur le soutien à la consommation. Les caisses de l’Etat étant vides, selon un mot célèbre de l’hôte de l’Elysée, cet effort de 28milliards sera financé par une dégradation supplémentaire des comptes publics. Le déficit public devrait passer à 4 pc, et la dette publique se creuser de 20milliards supplémentaires. "Aucune des dépenses que nous allons faire n’est récurrente. Et, en fabriquant de la croissance pour demain, elles fabriquent les recettes futures qui permettront d’amortir la dette publique", a justifié Nicolas Sarkozy. Qui a précisé que la France n’abandonnait pas son objectif d’assainir "le plus vite possible" ses finances publiques.

En dehors du monde patronal et de l’UMP, qui l’a qualifié d’"historique", ce plan a été très tièdement accueilli.

L’opposition de gauche l’a jugé en chœur "ni significatif, ni utile, ni juste". "De la poudre aux yeux", a estimé le PS, Ségolène Royal fustigeant "des mesurettes pas à la hauteur du problème". "Un plan Medef, qui offre de nouveaux cadeaux aux entreprises", ont dénoncé le nouveau Parti de gauche et la LCR trotskiste. Les syndicats, pour leur part, ont déploré l’absence de mesures de soutien au pouvoir d’achat, de relance de la consommation ou de protection de l’emploi et des salaires.