Chasse aux voix chez Fortis

Les représentants des actionnaires et la direction de Fortis fourbissent leurs armes. Lundi, les deux camps, opposés sur le sens des votes à émettre lors de l’assemblée générale de mercredi, ont encore tenté de convaincre les derniers actionnaires indécis.

Chasse aux voix chez Fortis
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Ph. G.

Les représentants des actionnaires et la direction de Fortis fourbissent leurs armes. Lundi, les deux camps, opposés sur le sens des votes à émettre lors de l’assemblée générale de mercredi, ont encore tenté de convaincre les derniers actionnaires indécis. En prélude à la bataille des votes sur le démantèlement du groupe financier, la guerre de la communication fait donc rage : hier, la direction du holding financier a donné une conférence de presse, tandis que le cabinet de l’avocat Mischaël Modrikamen a publié un communiqué de presse.

Ce dernier soutient que "la solution du "stand alone" (qui verrait Fortis continuer à exister seule au lieu de s’adosser à BNP, NdlR) est viable" . Rien n’est moins sûr, rétorque la direction de Fortis. "Un vote "non" mercredi placerait Fortis dans une situation d’insécurité totale" , a affirmé Jan-Michiel Hessels, président faisant fonction de Fortis. Et d’assurer que l’exécution de l’accord conclu avec BNP Paribas ferait du groupe "une véritable entreprise avec des perspectives pour le futur" .

En ce qui concerne les conséquences d’un vote négatif, petits actionnaires et direction se rejoignent sur un point : la situation restera figée. Mais le conseil d’administration de Fortis insiste sur le caractère contraignant des engagements envers l’Etat belge et BNP, alors que Me Modrikamen soutient que le rejet des transactions ouvrirait la porte à de nouvelles négociations, sans quoi il poursuivrait les actions en justice pour ramener des actifs dans le holding ou obtenir des dommages et intérêts.

En bref, les deux parties s’affrontent sur la portée d’une clause de la déclaration de gouvernance de Fortis. Celle-ci prévoit que c’est à l’assemblée générale des actionnaires de se prononcer sur le transfert à un tiers d’une partie importante de l’entreprise ou de l’une de ses filiales. Pour Me Modrikamen, cette clause est opposable à BNP Paribas et à l’Etat belge. Selon l’avocat, ceux-ci ne pouvaient l’ignorer et devaient donc savoir qu’ils signaient une convention avec un organe de Fortis qui n’était pas compétent pour le faire. De son côté, la direction du holding considère que même si la règle de cette déclaration de gouvernance n’a pas été observée, Fortis s’est néanmoins engagé valablement vis-à-vis de BNP Paribas et de l’Etat belge.

Quoi qu’il en soit, le vote de l’assemblée générale sera crucial. Or, depuis l’annonce, dimanche, du vote négatif de Ping An, principal actionnaire de Fortis avec 5 pc du capital, l’éventualité d’un vote négatif aux cessions d’actifs de Fortis est de plus en plus plausible. Mais l’écart pourrait être mince. On se souviendra que, lors de l’assemblée générale du 2 décembre 2008, malgré la fronde des petits actionnaires et le supposé défaut de soutien de Ping An à sa candidature, Etienne Davignon avait manqué son strapontin d’un cheveu, réunissant tout de même 49,91 pc de votes favorables.

Le suspense reste donc entier. Tout dépendra dès lors de la quantité d’actions représentées demain au Palais 6 du Heysel. Les représentants des petits actionnaires seront-ils parvenus à fédérer les 10 pc du capital qu’ils affirment réunir ? La direction de Fortis aura-t-elle réussi à rassembler suffisamment d’actionnaires institutionnels pour passer outre la rébellion de Ping An ? Lundi, la direction de Fortis a dit ignorer le nombre d’actions qui seront représentées à l’AG : l’information ne sera donnée que mercredi matin. Actionnaires et direction de Fortis décomptent les heures.

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